Enivrons-nous d'amour jusqu'au matin ! Jouissons dans la volupté ! (Pr 7,18)

Histoire de la virginité

La virginité dans le judaïsme

Les développements ci-dessous sont tirés de : Gagnon, Micheline. Publié dans la revue L’autre parole : No. 125 - Une autre parole sur Marie

Rappelons d'abord que, dans l'Antiquité grecque et romaine, le don absolu d'une femme à Dieu dans le célibat est considéré comme anormal et incompréhensible. II y a bien sûr le cas des Vestales romaines, mais c'est plutôt un contre-exemple dans la mesure où elles sont maintenues par la force dans cet état jusqu'à l'âge de 40 ans. Dans le monde juif, ce qu'on demande à une femme, c'est d'être mariée et d'avoir des enfants, spécialement des garçons, afin de perpétuer la famille. II est impensable qu'une femme demeure célibataire et, pour une femme mariée, ne pas avoir d'enfants est considéré non seulement comme un déshonneur, mais comme une malédiction de Dieu.

La bible hébraïque exalte avant tout le mariage et la fécondité. La virginité de la jeune fille n'a de sens que dans la perspective du mariage. Elle est toujours conjointe et ordonnée à la mission que reçoit la femme : devenir mère. La virginité du garçon n'est pas évoquée.

Lév 21,13-14 Il prendra pour épouse une femme encore vierge. La veuve, la femme répudiée ou profanée par la prostitution, il ne les prendra pas pour épouses ; c'est seulement une vierge d'entre les siens qu'il prendra pour épouse.

La virginité est une « valeur d’avenir » hautement estimée et soigneusement préservée en Israël. Tout le processus éducatif de la jeune fille soumise à l’autorité masculine tend à conserver ce bien le plus précieux jusqu’au jour de ses noces, car l’honneur familial y est en cause. Aussi, la famille entière éprouvera une honte qui peut même lui survivre, si la jeune fille est déflorée en dehors du mariage, comme ce fut le cas de Dina (Gn 34,7) et de Tamar (2S 13,12-14) dont les frères répareront l’abomination en tuant l’agresseur.

Gn 34,5 Jacob avait appris que Sichem avait déshonoré sa fille Dina, mais comme ses fils étaient aux champs avec son troupeau… 7 Lorsque les fils de Jacob revinrent des champs et apprirent cela, ces hommes furent indignés et entrèrent en grand courroux de ce qu'il avait commis une infamie en Israël en couchant avec la fille de Jacob : cela ne doit pas se faire !

C’est par le biais des prescriptions légales que le statut de la vierge constitue une valeur de premier ordre, ne comportant pas toutefois de signification religieuse. Le Deutéronome prévoit des peines sévères pour toute atteinte à l’intégrité de la vierge : le mari qui accuse faussement sa femme de ne pas avoir été vierge quand il l’a épousée, ne peut divorcer et doit payer une amende au père de celle-ci pour laver le déshonneur (Dt 22,13-20).

Dt 22,13-19 Si un homme épouse une femme, s'unit à elle et ensuite la prend en aversion, et qu'il lui impute alors des fautes et la diffame publiquement en disant : « Cette femme que j'ai épousée et dont je me suis approché, je ne lui ai pas trouvé les signes de la virginité », le père de la jeune femme et sa mère prendront les signes de sa virginité et les produiront devant les anciens de la ville, à la porte. Le père de la jeune femme dira alors aux anciens : « Ma fille que j'ai donnée pour femme à cet homme, il l'a prise en aversion, et voici qu'il lui impute des fautes en disant : «Je n'ai pas trouvé à ta fille les signes de la virginité. » Or, voici les signes de la virginité de ma fille. » Et ils déploieront le linge devant les anciens de la cité. Les anciens de cette cité se saisiront de l'homme, le châtieront et lui infligeront une amende de cent pièces d'argent, qu'ils donneront au père de la jeune femme, pour avoir diffamé publiquement une vierge d'Israël. Il l'aura pour femme et ne pourra jamais la répudier.

Le cas de séduction d’une vierge s’inscrit au terme d’une série d’atteintes à la propriété du prochain. Le ravisseur de la jeune fille est contraint de la prendre pour épouse et de verser au père le « mohar des vierges » (Dt 22,28-29).

Dt 22,28 Si un homme rencontre une jeune fille vierge qui n'est pas fiancée, la saisit et couche avec elle, pris sur le fait, l'homme qui a couché avec elle donnera au père de la jeune fille cinquante pièces d'argent ; elle sera sa femme, puisqu'il a usé d'elle, et il ne pourra jamais la répudier.

S’il s’agit d’une femme promise à un autre homme, il doit être mis à mort. S’il s’avère que la femme mariée ou fiancée a été ravie de son plein gré ─ sans appeler à l’aide, si le rapt s’est produit en ville ─ elle sera elle aussi mise à mort (22,23-37). Encore ici, on peut conclure que la virginité est un état intermédiaire dans l’attente du mariage et de la fécondité.

D’autres données bibliques mettent en évidence la valeur proprement positive de la virginité : non seulement les vierges royales portent une tenue spéciale (2S 13, 2.18), mais le roi ne peut qu’épouser une vierge (Est 2, 2-3; 1R 1,2). Il en est de même pour le Grand Prêtre (Lv 21,13 s.) et le simple prêtre (Ez 44,22). Les femmes enceintes sont parfois mises à mort (2R 8,12), mais la vie est laissée aux vierges (Nb 31,17-18). Le juste Job s’est fait un devoir de ne pas regarder les vierges (Jb 31,1).

Dans certaines circonstances, la virginité ou la continence est en rapport étroit avec le sacré : le peuple d’Israël qui s’apprête à rencontrer Dieu au Sinaï doit s’abstenir de relations sexuelles (Ex 19,5); dans les combats de guerre sainte, les femmes n’ont pas le droit d’avoir une activité génitale avec les soldats en campagne (2S 11,11); David et ses compagnons ne peuvent manger des pains sacrés que s’ils ont réglé avec soin leur vie sexuelle, en outre par la continence (1S 21,5). C’est le plus souvent par souci de pureté rituelle ou légale que nous parviennent ces exemples plutôt qu’une véritable estime de la virginité ou du célibat.

Au seuil de l’ère chrétienne, une attention particulière est accordée à la continence des veuves après la mort de leur mari. Par exemple, Judith est glorifiée pour avoir refusé les multiples sollicitations des hommes qui s’offraient à elle (Jdt 16,22) et pour n’avoir point connu d’homme durant son veuvage, malgré sa beauté et sa richesse (8,7-8; 10,19). Si elle a délibérément renoncé au mariage et à la famille, c’était pour s’adonner entièrement à la prière et à la pénitence (8,5-6). L’évangile de Luc donne à peu près les mêmes éloges à la prophétesse Anne qui a refusé de se remarier dans l’attente du Messie (Lc 2,37).

Jd 16,22 Beaucoup la demandèrent en mariage, mais elle ne connut point d'homme tous les jours de sa vie depuis que son mari Manassé était mort et avait été réuni à son peuple.
Lc 2,36-37 Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanouel, de la tribu d'Aser. Elle était fort avancée en âge. Après avoir, depuis sa virginité, vécu sept ans avec son mari, elle était restée veuve ; parvenue à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, elle ne quittait pas le Temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière.

L’idée qu’on puisse choisir librement la virginité, en tant qu’état de vie, est tellement étrangère à la mentalité de l’Israël ancien que l’hébreu biblique ne connaît pas de terme particulier pour dire célibataire et pas davantage pour le mot chasteté. Dans la perspective du peuple de Dieu, orienté vers son accroissement, le célibat n’apparaît que comme une exception, ordinairement temporaire, en tout cas assez rare. Si Jérémie est « interdit » de mariage et de descendance par Dieu lui-même, c’est pour signifier prophétiquement la stérilité du peuple en état de péché (Jr 16,2). Le caractère négatif de la chasteté se retrouve également en Is 4,1 qui peut se lire comme une honte, une mortification sans pareille : sept femmes demanderont à un même homme de « porter son nom » et « d’enlever leur déshonneur ». L’état de célibat ne peut donc jouir dans cette perspective d’aucun statut privilégié.

C’est la même mentalité que reflète la tradition rabbinique conservée dans le Talmud. Il n’est guère envisageable qu’un homme puisse demeurer sans femme. Le célibat passe en effet pour quelque chose d’effrayant et de honteux comme en témoigne cette tirade cinglante :

Pr 18,22 Celui qui trouve une femme trouve le bonheur; C'est une grâce qu'il obtient de l'Eternel.
Pr 19,14 On peut hériter de ses pères une maison et des richesses, Mais une femme intelligente est un don de l'Eternel.

Dans la Genèse, un homme sans femme n’est pas appelé "homme"; c'est un Adam. Ce n'est que face à isha (femme) que l'homme devient ish (homme).

Si le célibat volontaire ne peut être envisagé comme un idéal normal de la femme juive, il est cependant considéré comme un honneur dans le judaïsme contemporain du Christ. Par exemple, la communauté des Esséniens, dont on a retrouvé à Qumrân de nombreux et importants témoignages historiques, vivait le célibat ou limitait l’usage du mariage ─ ce qui s’explique surtout par la perspective rituelle de pureté légale. Philon d’Alexandrie propose en exemple la vie pieuse et retirée d’une communauté d’hommes célibataires et de vierges d’un certain âge qui se consacraient à la contemplation et recherchaient l’amour de la sagesse.

Les sectaires qumrâniens qui se rattachent très probablement au mouvement essénien n’apparaissent pas aussi affirmatifs en la matière : s’ils prévoyaient la pratique de la continence temporaire pour toute la durée de la guerre eschatologique, ils ne prescrivaient jamais une vie de célibat total. Au contraire, les textes de la Règle annexe parlent explicitement de femmes, d’enfants et de mariage et la découverte des restes de plusieurs femmes et d’enfants dans le cimetière de Qumrân suppose admis le mariage et la procréation.

Des origines chrétiennes au IVe siècle

(Exposé de Bernard Peyrous) Tout change avec le Christ et la Vierge Marie. Jésus est demeuré célibataire. Sa mère, Marie comme toute femme avant le mariage est vierge. C'est la raison pour laquelle, quand l'ange lui apparaît et lui annonce qu'elle mettra au monde le Sauveur, elle lui fait cette objection : « Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge ? ».

Dès la première génération chrétienne, comme nous le voyons dans saint Paul, des jeunes filles désirent vivre cet état de virginité. Elles le font certes parce qu'elles attendent, au début, la venue imminente du Royaume, mais aussi parce que l'exemple du don de Marie les encourage. Et c'est ainsi que naît la virginité consacrée dans la primitive Église.

1Co 7,27-38 Es-tu lié à une femme ? ne cherche pas à rompre. N'es-tu pas lié à une femme ? ne cherche pas de femme. Si cependant tu te maries, tu ne pèches pas ; et si la jeune fille se marie, elle ne pèche pas. Mais ceux-là connaîtront la tribulation dans leur chair, et moi, je voudrais vous l'épargner. Je vous le dis, frères : le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s'ils n'en avaient pas… Ainsi celui qui épouse sa fiancée fait bien et celui qui ne l’épouse pas fera mieux encore.

La virginité est aussitôt reconnue par l'Église. On la protège, on la met à l'honneur, par exemple en lui donnant une place d'honneur dans les cérémonies liturgiques ; on lui consacre des traités, dont les plus connus sont ceux de Tertullien et de saint Ambroise. Des hommes, appelés les « continents», vivent rapidement le même charisme. Leur exemple inspirera plus tard le célibat sacerdotal.

Pour bien comprendre l'importance de la virginité (et plus largement de la chasteté) consacrée, il faut ici faire une remarque. Aux origines chrétiennes, les grands modèles sont les saints martyrs, les saints évêques, les vierges consacrées. Ils ont comme une valeur prophétique. II est certain que la virginité consacrée est tellement inattendue dans le monde antique, tellement éloignée de la sexualité environnante, qu'elle a une force de provocation. Qu'une jeune fille accepte de rester vierge, le désire même de tout son coeur, c'est incompréhensible pour les païens. Alors une question se pose à eux : si ces femmes sont heureuses comme cela, quelle est la source de leur bonheur ? Vivre avec Jésus, «épouser le Christ », peut donc donner un sens si fort à la vie ? Le Christ serait-il vraiment vivant ? Par leur seule existence, les vierges consacrées ont donc joué un rôle très fort dans le témoignage et dans l'évangélisation du monde antique.

La période monastique

(Exposé de Bernard Peyrous) Au IVe siècle commence la période monastique concurremment avec la fin des persécutions des chrétiens sous l'empire romain. Au cours de ce siècle, le monde romain se convertit au christianisme. Les mœurs chrétiennes sont de plus en plus acceptées par la société. Dès lors, vivre célibataire dans le monde perd, en quelque sorte, de sa force exemplaire, de son rôle de «provocation ». Ceux qui veulent vivre une vie différente et plus conforme à un évangélisme radical quittent alors la société normale et se réfugient dans les déserts. C'est la naissance du monachisme, avec saint Antoine et saint Pacôme, en Égypte.

Très vite, des femmes vivent le même idéal. Quand plus tard saint Benoît (né vers 480 ou 490 à Nursie – mort en 547) fonde au Mont Cassin un monastère d'hommes, sa soeur sainte Scholastique établit parallèlement un monastère de femmes. C'est l'origine des milliers de maisons contemplatives de femmes qui couvriront la planète. Le charisme de fondation est alors « la vie parfaite » par la fuite du monde. On vit sous d'autres lois synthétisées par la pratique des trois voeux de chasteté pauvreté et obéissance. Cette opposition monde-vie parfaite sera systématisée par différents auteurs, comme saint Bernard. L'évangélisation se fait indirectement. Les moines sont une référence, un exemple, mais, en principe, ils ne s'attaquent pas directement à la conversion des gens. Pour les hommes, il faudrait introduire mille nuances dans cette affirmation, mais elle est valable davantage pour les femmes. Quand, aux XIIe et XIIIe siècles, on commence à créer des ordres destinés spécifiquement à l'évangélisation, comme les Prémontrés, puis les Mendiants (Dominicains, Franciscains, etc.), leurs branches féminines restent cloîtrées. Les hommes prêchent, les femmes prient.

Les congrégations

(Exposé de Bernard Peyrous) Au XVIe et XVIIe siècles, commence la péiode des « congrégations », c'est-à-dire des communautés de femmes de vie active, d'évangélisation « directe ». Avec sainte Angèle de Mérici fondatrice des Ursulines, puis saint Vincent de Paul, fondateur des Filles de la Charité, on affirme que les femmes peuvent vivre chastement dans le monde, et non plus seulement dans les cloîtres, en menant à la fois une vie de sainteté et de service. La vie monastique se rapproche ainsi de la société et se transforme.

On garde les trois voeux, mais on les adapte. C'est l'origine des centaines de congrégations de vie active qui ont chacune, en principe, un rôle spécifique catéchèse, action auprès des malades, enseignement, etc. Il continue à s'en fonder aujourd'hui : un bon exemple est constitué par les Missionnaires de la charité de Mère Teresa.

Les instituts séculiers et les communautés nouvelles

(Exposé de Bernard Peyrous) La dernière période commence après la Seconde Guerre Mondiale. Depuis l'entre-deux-guerres, on s'apercevait que le Catholicisme et la société civile s'éloignaient l'un de l'autre. La question était donc : comment évangéliser de nouveau cette société ? On estima alors qu'il fallait rapprocher la vie religieuse des hommes. Ce fut la raison de la naissance des Instituts séculiers, après 1945, dont Notre-Dame de Vie est un exemple en France. Mais, après le Concile de Vatican II, une nouvelle étape fut franchie en plusieurs lieux du monde en même temps, sans aucune coordination humaine. Ce fut la naissance des communautés nouvelles, comportant des hommes et des femmes vivant une vie consacrée dans le monde, avec le soutien de leur communauté.

En somme, cette évolution est logique. Nous nous trouvons devant un monde redevenu largement païen. Dieu ne peut pas abandonner ce monde ni démissionner devant son évolution. Pour le réévangéliser, il redonne à son Église les grâces mêmes des origines chrétiennes, comme on peut les voir vivre par exemple dans le Renouveau charismatique. Aujourd'hui, quand une fille ou un garçon se consacre dans le célibat, ils sont de nouveau pour les hommes, un signe très fort, qui retrouve sa valeur de « provocation », d'interrogation. S'ils vivent joyeusement cette vie d'union avec Dieu, ils manifestent aux hommes la présence du Christ au centre même de leur existence.

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