Enivrons-nous d'amour jusqu'au matin ! Jouissons dans la volupté ! (Pr 7,18)

Oui !

Les «oui» scellent le consentement. L'homme et la femme deviennent époux et épouse par le «oui» qu'ils se donnent réciproquement. Acquiescement simple et pur qui engage toute l'existence. Un des mots les plus communs de la langue française transforme la vie entière. Ce petit mot d'une seule syllabe est effectivement le pivot de l'existence du couple. Un mot qu'il faut ratifier quotidiennement. C'est autour de lui que se façonne la créativité et que se vit la liberté. L'acquiescement demande à s’inscrire dans le corps afin de ne pas rester lettre morte.

La brièveté du mot contraste avec la durée qu'il sous-tend. À peine prononcé, il s'évapore. L'éphémère rejoint l'éternel. Le «oui» n'est pas qu'un simple mot. Il atteste, il engage dans le champ de la vérité. Le «oui» est inséparable de la question de la vérité. Sa brièveté ne suscite aucun atermoiement, aucun commentaire. Il est vrai ou faux sans nuance possible. Le «oui» se distingue ainsi du «oui, mais», toujours en proie à des valses hésitations. Un «oui, mais», émet des réserves. Il se préserve des difficultés. Il n'engage pas la totalité du corps dans l'espace et le temps. L'expression «c'est un oui qu'est oui», traduit bien l'enjeu du «oui». C'est ce qu'affirme Jacques en disant :

«Que votre oui soit oui 25.»

Le «oui» ne souffre pas l’ambiguïté. S'il court le risque de l’ambiguïté, alors il entache la sincérité du locuteur et pervertit la relation à l'autre.

Le «oui» n'acquiert de valeur que par rapport à l'éventualité d'un «non». Prononcé par l'homme et la femme lors du rite sacramentel du mariage, il est le résultat d'une décision antérieure et réfléchie. La possibilité du «non» donne au «oui» sa force et sa plénitude. Le «oui» n'est pas lié à un déterminisme existentiel. L'homme et la femme restent maîtres de leur destin. Chacun choisit librement l'autre et chacun accueille librement l'autre. La faculté d'opérer un choix engage la responsabilité. Chacun est responsable de ses actes et de ses choix. Dire «oui» signifie rejeter le «non» et donc s'engager dans une voie. Le «oui» ne révèle pas uniquement un nouveau statut, mais il engage le corps à vivre ce nouveau statut. À la question «fait-il beau ?», le «oui» ou le «non» ne fait qu'exprimer une réalité de fait. Dans l'échange des consentements, le «oui» de l'homme et de la femme opère un radical changement d'existence pour une durée indéterminée.


Martin Steffens, Jounal La Croix du 17/01/2020. Oui mais… En ce début d’année, est paru le livre très attendu de Vanessa Springora intitulé Le Consentement. Elle y rapporte la façon dont, à peine âgée de 14 ans, elle devint la proie sexuelle d’un écrivain célèbre que chacun laissa faire. Le mot « consentement » ne dit pas que de belles choses. Un silence complice l’entoure : qui ne dit mot… Une époque qui, comme la nôtre, érige le consentement individuel en absolu, prépare des temps inquiétants. Ainsi, selon les adeptes de la « morale minimale », le consentement de la personne devrait être la seule limite au pouvoir que j’exerce sur elle. On raisonne ainsi : dans un monde où il n’y a pas de « valeurs en soi », puisqu’il n’y a plus de Dieu pour les énoncer, on ne peut interdire à celles et ceux qui le désireraient de louer leur corps ou de subir des actes masochistes voire dégradants… S’il y a consentement, tout est permis.
On ajoutera toutefois que ce consentement doit être « éclairé ». Cela a l’air d’une simple précision. Mais c’est l’aveu que le consentement ne suffit pas. « Éclairé », il lui faut une lumière venue d’ailleurs. Or ce qui donne à notre « oui » sa couleur et son éclat, c’est ce à quoi, par lui, on acquiesce. « Elle a dit oui », dira-t-on. Certes, mais à quoi ? Était-ce à la vie ? Ou était-ce, sous le masque de cet écrivain jouisseur, ou sous prétexte d’une morale réduite au minimum, à la mort ?
Le fiat de Marie lors de l’Annonciation ne vaut pas par lui seul. Il vaut parce qu’il est, à cet instant, l’écho du Fiat créateur. Marie répond « oui » au Oui que Dieu adressait, par avance, à toute sa création. Il ne faut pas oublier à qui nous disons « Que Ta volonté soit faite ». C’est à un Dieu dont nous venons de dire qu’Il est « Notre Père ». Vouloir que sa volonté soit faite, c’est d’abord se réjouir d’exister et remercier pour le don de l’être. C’est dire à Dieu, qui nous créa pour nous partager sa joie, qu’Il a eu mille fois raison.

Citations

25. Jc 5, 12.
26. F. BLOCH, M. BUISSON, La circulation du don, dans Communications 59, Seuil, 1994, pp. 56-57.

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