Vanité des vanités, tout est dérisoire (Ec 1,2)

La morale sexuelle dans la bible

La sexualité a longtemps été enfermée dans une morale, c’est-à-dire dans des règles de conduite qui régissent le comportement tant au niveau personnel que social. En caricaturant l’image, la morale sexuelle cantonne la sexualité dans un catalogue d’actes permis et défendus. À titre d’exemple tiré du catéchisme de l’Église catholique, il est interdit de se masturber et il est permis de jouir avec son épouse dans le cadre du mariage. Tout au long de l’histoire religieuse, l’Église s’est intéressée à la sexualité et parfois même dans des détails qui ressemblent plus à des descriptions pornographiques qu’à des recommandations à la chasteté. Remontons l’histoire du temps, à la source de la morale judéo-chrétienne pour découvrir ce que la religion juive puis chrétienne a à nous enseigner en matière de morale sexuelle.

L’Ancien Testament

Concernant la vie sexuelle, la bible nous offre un panorama conforme à la condition humaine. On y trouve de tout. La bible nous présente de multiples couples très différents les uns des autres. Il n’y a pas de modèle matrimonial unique, simplement une vocation à ne former qu’une seule chair, pour reprendre le terme de Genèse 2,24, qui se déploie dans la diversité des cultures et de la nature humaine. Sauf exception, les gens ne sont pas plus saints qu’ailleurs. La bible nous dépeint bien sûr des couples tout à fait classiques tels que Tobie et Sara qui se marient selon la coutume juive. Mais l’histoire ne s’attarde pas trop sur le commun des mortels. Elle retient toujours les faits marquants , en somme ce qui sort de l’ordinaire pour mieux faire passer un message. Arrêtons-nous sur quelques points fondamentaux.

La vocation originelle

Le livre de la Genèse nous enseigne que nous sommes créés mâle et femelle avec une invitation à perpétuer l’espèce : Vérifier s’il s’agit de mâle et femelle ou homme et femme

Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la » (Gn 1,28).

Notons que Dieu « leur » dit ; il s’agit là de la première parole que Dieu adresse à l’humanité dans la bible. Sur le plan de la fécondité, nous sommes proches de l’animal qui naît, vit, se reproduit et finit par mourir. Nous retrouvons d’ailleurs un appel similaire :

Dieu les bénit et dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez l'eau des mers, et que les oiseaux multiplient sur la terre (Gn 1,22).

Mais la Genèse précise que le mâle et la femelle sont un homme et une femme assortis d’une vocation à ne former qu’une seule chair, c’est-à-dire une même vie :

C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère et s'attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair » (Gn 2,24).

L’expression « une seule chair » signifie « une même vie ». Il s’agit là d’un projet pour l’existence qui inclut la relation sexuelle et la fécondité.

Par ailleurs, qu’est-ce qu’un homme et une femme par rapport au monde animal ? Retenons simplement avec Saint Exupéry que pour être homme, il faut être responsable (Terre des hommes), c’est-à-dire capable de répondre de ses actes. La vocation originelle va donc bien au-delà d’un instinct de reproduction et de perpétuation de l’espèce. Elle est la libre réponse à une capacité de communiquer par sa parole et de communier par son corps dans le dessein de construire une même vie.

Le premier couple biblique fait déjà preuve d’une grande originalité puisque les deux partenaires ne sont pas le fruit d’une relation sexuelle. Ils sont l’œuvre directe de Dieu qui façonne Adam avec de la glaise du sol puis Ève à partir d’une côte d’Adam et tous deux sont à l’image et à la ressemblance de Dieu. Curieusement la sexualité n’existe pas dans le jardin d’Eden, du moins la bible n’en fait pas mention; il faut attendre l’expulsion hors du paradis suite à une faute grave pour voir Adam et Ève engendrer les premiers enfants de l’humanité ce qui est cohérent avec l’ensemble du récit puisque la génération n’est nécessaire qu’avec la mort des parents or la mort n’apparaît qu’après l’expulsion du paradis.

Avoir des enfants est une préoccupation majeure, car la survie de la famille et plus largement du clan en dépend. La fécondité est un signe de bénédiction (bene-dicere) , c’est-à-dire d’une « bonne parole » de Dieu; la stérilité est perçue comme une malédiction. Ainsi la quête d’une descendance dicte les choix d’Abraham qui a recours à Agar la servante de sa femme Sara dans le dessein de lui donner son premier fils

La femme d'Abram, Saraï, ne lui avait pas donné d'enfant. Mais elle avait une servante égyptienne, nommée Agar, et Saraï dit à Abram : Vois, je te prie : Yahvé n'a pas permis que j'enfante. Va donc vers ma servante. Peut-être obtiendrai-je par elle des enfants. Et Abram écouta la voix de Saraï. Ainsi, au bout de dix ans qu'Abram résidait au pays de Canaan, sa femme Saraï prit Agar l'Égyptienne, sa servante, et la donna pour femme à son mari, Abram. Celui-ci alla vers Agar, qui devint enceinte. Lorsqu'elle se vit enceinte, sa maîtresse ne compta plus à ses yeux…L'Ange de Yahvé lui dit : Tu es enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom d'Ismaèl, car Yahvé a entendu ta détresse (Gn 16,1-11).

Il en est de même pour Jacob qui s’unit à Bilha la servante de sa seconde épouse Rachel afin d’avoir des enfants

Rachel, voyant qu'elle-même ne donnait pas d'enfants à Jacob, devint jalouse de sa sœur (Léa) et elle dit à Jacob : Fais-moi avoir aussi des enfants, ou je meurs ! Jacob s'emporta contre Rachel et dit : Est-ce que je tiens la place de Dieu, qui t'a refusé la maternité ? Elle reprit : Voici ma servante Bilha. Va vers elle et qu'elle enfante sur mes genoux : par elle j'aurai moi aussi des enfants ! Elle lui donna donc pour femme sa servante Bilha et Jacob s'unit à celle-ci. Bilha conçut et enfanta à Jacob un fils (Gn 30,1-5).

Cet usage d’avoir plusieurs femmes, concubines ou esclaves se rencontre tout au long de l’Ancien Testament qui ne le condamne pas explicitement, car cette pratique appartient aux mœurs de l’époque. Mais la polygynie ou la polygamie restent une exception réservée aux riches et aux grands du royaume. Tout le monde ne peut pas entretenir 700 femmes et 300 concubines comme le roi Salomon (1R 11,3). La bigamie apparaît pour la première fois parmi les descendants de Caïn :

Lamek prit deux femmes : le nom de la première était Ada et le nom de la seconde Çilla. (Gn 4,19).

Le livre du Deutéronome admet l'existence légale de la bigamie :

Si un homme a deux femmes, l'une qu'il aime et l'autre qu'il n'aime pas… (Dt 21,15-17).

et même de la polygamie en demandant au roi de ne pas avoir trop de femmes :

Qu'il ne multiplie pas le nombre de ses femmes, ce qui pourrait égarer son cœur (Dt 17,17).

Un homme peut avoir des servantes qui soient en réalité des concubines. Elles doivent être traitées comme des épouses sans quoi elles peuvent quitter librement la maison de leur maître, même si elles sont issues d’une prise de guerre :

Lorsque tu partiras en guerre contre tes ennemis, que Yahvé ton Dieu les aura livrés en ton pouvoir et que tu leur auras fait des prisonniers, si tu vois parmi eux une femme bien faite et que tu t'en éprennes, tu pourras la prendre pour femme et l'amener en ta maison. Elle se rasera la tête, se coupera les ongles et quittera son vêtement de captive ; elle demeurera dans ta maison et pleurera tout un mois son père et sa mère. Ensuite tu pourras t'approcher d'elle, agir en mari, et elle sera ta femme. S'il arrive qu'elle cesse de te plaire, tu la laisseras partir à son gré, sans la vendre à prix d'argent : tu ne dois pas en tirer profit, puisque tu as usé d'elle. (Dt 21,10-14).

Il n'y a pas de mention explicite sur l'obligation de la monogamie, bien que l'image présentée par les livres postérieurs montre qu'elle prévalait dans la pratique sociale (cf. par ex. les livres sapientiaux, exceptés Si 37,11; Tb 1 ss).

La nécessité d’une descendance s’exerce aussi dans le cadre du lévirat. Lorsqu'un homme meurt, son frère doit épouser sa veuve pour donner une postérité à son frère. Il peut refuser, mais en est blâmé.

Si des frères demeurent ensemble et que l'un d'eux vienne à mourir sans enfant, la femme du défunt ne se mariera pas au-dehors avec un homme d'une famille étrangère. Son » lévir » viendra à elle, il exercera son lévirat en la prenant pour épouse et le premier-né qu'elle enfantera relèvera le nom de son frère défunt ; ainsi son nom ne sera pas effacé d'Israël. Mais si cet homme refuse de prendre celle dont il doit être lévir, elle ira trouver les anciens à la porte et dira : « Je n'ai pas de lévir qui veuille relever le nom de son frère en Israël, il ne consent pas à exercer en ma faveur son lévirat. » Les anciens de sa cité convoqueront cet homme et lui parleront. Ayant comparu, il dira : « Je refuse de la prendre. » Celle à qui il doit le lévirat s'approchera de lui en présence des anciens, lui ôtera sa sandale du pied, lui crachera au visage et prononcera ces paroles : « Ainsi fait-on à l'homme qui ne relève pas la maison de son frère », et sa maison sera ainsi appelée en Israël : « Maison du déchaussé. (Dt 25,5-10) »

Le livre de Ruth offre un exemple de lévirat. Son lévir la refuse et elle peut épouser Boaz.

Onan est confronté à ce problème puisque son frère est décédé sans laisser de postérité :

Juda dit alors à Onan : Va vers la femme de ton frère. Agis envers elle comme le proche parent du mort et suscite une descendance à ton frère. Mais Onan savait que la descendance ne serait pas la sienne ; quand il allait vers elle, il laissait la semence se perdre à terre pour ne pas donner de descendance à son frère. Ce qu'il faisait déplut au Seigneur qui le fit mourir (Gn. 38,9-10). Ce passage montre que les hébreux connaissaient déjà le coït interrompu. Le péché d’Onan qui sera condamné à mort est avant tout un refus de paternité au regard de la loi du lévirat. Le texte met l’accent sur la descendance du frère et non sur une quelconque volonté de jouissance. L’acte sexuel est un moyen de remplir ses obligations légales, ce qui montre toute l’importance que les hébreux accordaient à la procréation.

L’interdit de l’inceste

La soif de descendance pousse jusqu’à l’inceste. Les deux filles de Loth enivrent leur père pour coucher avec lui :

L'aînée dit à la cadette : Notre père est âgé et il n'y a pas d'homme dans le pays pour s'unir à nous à la manière de tout le monde. Viens, faisons boire du vin à notre père et couchons avec lui; ainsi, de notre père, nous susciterons une descendance. Elles firent boire, cette nuit-là, du vin à leur père, et l'aînée vint s'étendre près de son père, qui n'eut conscience ni de son coucher ni de son lever. Le lendemain, l'aînée dit à la cadette : La nuit dernière, j'ai couché avec mon père; faisons-lui boire du vin encore cette nuit et va coucher avec lui; ainsi, de notre père nous susciterons une descendance. Elles firent boire du vin à leur père encore cette nuit-là, et la cadette s'étendit auprès de lui, qui n'eut conscience ni de son coucher ni de son lever. Les deux filles de Lot devinrent enceintes de leur père. L'aînée donna naissance à un fils et elle l'appela Moab; c'est l'ancêtre des Moabites d'aujourd'hui. La cadette aussi donna naissance à un fils et elle l'appela Ben-Ammi; c'est l'ancêtre des Bené-Ammon d'aujourd'hui. (Gn 19,30-36).

Tamar use d’un autre stratagème puisqu’elle se déguise en prostituée afin de pouvoir abuser de son beau-père toujours dans le dessein de tomber enceinte :

Alors, elle quitta ses vêtements de veuve, elle se couvrit d'un voile, s'enveloppa et s'assit à l'entrée d'Énayim, qui est sur le chemin de Timna. Elle voyait bien que Shéla était devenu grand et qu'elle ne lui avait pas été donnée pour femme. Juda l'aperçut et la prit pour une prostituée, car elle s'était voilé le visage. Il se dirigea vers elle sur le chemin et dit : Laisse, que j'aille avec toi ! Il ne savait pas que c'était sa belle-fille. Mais elle demanda : Que me donneras-tu pour aller avec moi ? Il répondit : Je t'enverrai un chevreau du troupeau. Mais elle reprit : Oui, si tu me donnes un gage en attendant que tu l'envoies ! Il demanda : Quel gage te donnerai-je ? et elle répondit : Ton sceau et ton cordon et la canne que tu as à la main. Il les lui donna et alla avec elle, qui devint enceinte de lui. Elle se leva, partit, enleva son voile et reprit ses vêtements de veuve. Juda envoya le chevreau par l'intermédiaire de son ami d'Adullam, pour reprendre les gages des mains de la femme, mais celui-ci ne la retrouva pas. Il demanda aux gens du lieu : Où est cette prostituée qui était à Énayim, sur le chemin ? Mais ils répondirent : Il n'y a jamais eu là de prostituée ! Il revint donc auprès de Juda et dit : Je ne l'ai pas retrouvée. Et même, les gens du lieu m'ont dit qu'il n'y avait jamais eu là de prostituée. Juda reprit : Qu'elle garde tout : il ne faut pas qu'on se moque de nous, mais j'ai bien envoyé le chevreau que voici, et toi, tu ne l'as pas retrouvée. Environ trois mois après, on avertit Juda : Ta belle-fille Tamar, lui dit-on, s'est prostituée, elle est même enceinte par suite de son inconduite. Alors Juda ordonna : Qu'elle soit amenée dehors et brûlée vive ! Mais, comme on l'amenait, elle envoya dire à son beau-père : C'est de l'homme à qui appartient cela que je suis enceinte. Reconnais donc, dit-elle, à qui appartiennent ce sceau, ce cordon et cette canne. Juda les reconnut et dit : Elle est plus juste que moi. C'est qu'en effet je ne lui avais pas donné mon fils Shéla. Et il n'eut plus de rapports avec elle. Lorsque vint le temps de ses couches, il apparut qu'elle avait dans son sein des jumeaux. Pendant l'accouchement, l'un d'eux tendit la main et la sage-femme la saisit et y attacha un fil écarlate, en disant : C'est celui-là qui est sorti le premier. Mais il advint qu'il retira sa main et ce fut son frère qui sortit. Alors elle dit : Comme tu t'es ouvert une brèche ! Et on l'appela Péreç. Ensuite sortit son frère, qui avait le fil écarlate à la main, et on l'appela Zérah. (Gn 38,12-26).

L’inceste n’en demeure pas moins interdit. Le Lévitique descend dans les moindres détails pour interdire l’inceste. Au chapitre 18, versets 6 à 17, tous les genres d’inceste sont formellement défendus sous la forme d’une injonction : « Tu ne découvriras pas la nudité ». Comme le souligne Jean-Paul II, « Le fait de "découvrir la nudité" (cf. par ex. Lv 20,11 Lv 20,17-21 est stigmatisé comme l'équivalent de l'accomplissement d'un acte sexuel illicite (Catéchèse sur le corps du 20 août 1980). »

Les sanctions sont spécifiées au chapitre 20. Elles dépendent des cas : la mort pour une relation entre la mère ou la belle mère et le fils ; la crémation pour un inceste entre le père et la belle fille ; le retranchement du peuple dans le cas d’une relation entre frère et sœur ou demi sœur ; enfin la stérilité dans le cas d’un inceste avec sa tante ou avec sa belle sœur.

L'homme qui couche avec la femme de son père a découvert la nudité de son père. Tous deux devront mourir, leur sang retombera sur eux. L'homme qui couche avec sa belle-fille : tous deux devront mourir. Ils se sont souillés, leur sang retombera sur eux. L'homme qui prend pour épouses une femme et sa mère : c'est un inceste. On les brûlera, lui et elles, pour qu'il n'y ait point chez vous d'inceste. L'homme qui prend pour épouse sa sœur, la fille de son père ou la fille de sa mère : s'il voit sa nudité et qu'elle voie la sienne, c'est une ignominie. Ils seront exterminés sous les yeux des membres de leur peuple, car il a découvert la nudité de sa sœur et il portera le poids de sa faute. Tu ne découvriras pas la nudité de la sœur de ta mère ni celle de la sœur de ton père. Il a mis à nu sa propre chair, ils porteront le poids de leur faute. L'homme qui couche avec la femme de son oncle paternel : il a découvert la nudité de celui-ci, ils porteront le poids de leur péché et mourront sans enfant. L'homme qui prend pour épouse la femme de son frère : c'est une souillure, il a découvert la nudité de son frère, ils mourront sans enfant. (Lv 20,11-21).

Par ailleurs, les Hébreux subissent l’influence des cultures voisines. En Égypte et en Perse, le mariage avec une sœur germaine est autorisé. Abraham reconnaît que Sara, son épouse, est en fait sa demi-soeur, fille de son père, mais pas de sa mère (Gn 20,12). Un autre épisode biblique évoque les relations entre un frère Amnon et sa sœur Tamar tous deux enfants du roi David. Les versets ci-dessous montrent que le roi dispose du pouvoir d’autoriser une telle relation :

Comme elle lui présentait à manger, il la saisit et lui dit : « Viens, couche avec moi, ma sœur! » Mais elle lui répondit : « Non, mon frère! Ne me violente pas, car on n'agit pas ainsi en Israël, ne commets pas cette infamie. Moi, où irais-je porter ma honte ? Et toi, tu serais comme un infâme en Israël! Maintenant parle donc au roi : il ne refusera pas de me donner à toi. » Mais il ne voulut pas l'entendre, il la maîtrisa et, lui faisant violence, il coucha avec elle (2S 13,11-14)

L’homosexualité

L’épisode de Sodome et Gomorrhe donne un aperçu des pratiques homosexuelles. Des gens de Sodome se présentent à la porte de Loth et réclament les hommes sous son toit afin de les connaître, c’est-à-dire dans le but d’avoir une relation sexuelle. Loth s’en offusque d’autant plus que ces deux hommes sont des anges envoyés par Dieu. Il propose de mettre à leur disposition ses deux filles vierges pourtant promises à de futurs gendres (Gn 19,4-8). À ses yeux, mieux vaut donner ses filles que de permettre une relation homosexuelle. L’histoire retiendra le nom de « sodomie », pratique sévèrement condamnée par la loi :

L'homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c'est une abomination qu'ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux (Lv 20,13, également Lv 28,22).

Bestialité et travestissement

La bible évoque également la bestialité en condamnant à mort à la fois la personne homme ou femme et la bête :

L'homme qui donne sa couche à une bête : il devra mourir et vous tuerez la bête. La femme qui s'approche d'un animal quelconque pour s'accoupler à lui : tu tueras la femme et l'animal. Ils devront mourir, leur sang retombera sur eux Lv (20,15-16).

Elle condamne également le travestissement :

Une femme ne portera pas un costume masculin, et un homme ne mettra pas un vêtement de femme ; quiconque agit ainsi est en abomination à Yahvé ton Dieu (Dt 22,5).

L’adultère

Le Lévitique distingue la femme de la servante. L’adultère avec la servante d’un autre homme est passible d’un droit :

Si un homme couche maritalement avec une femme, si celle-ci est la servante concubine d'un homme auquel elle n'a pas été rachetée et qui ne lui a pas donné sa liberté, le premier sera passible d'un droit, mais ils ne mourront pas, car elle n'était pas libre (Lv 19,20).

L’adultère avec la femme d’un autre homme est passible de mort pour l’homme comme pour la femme :

Lv 20,10 L'homme qui commet l'adultère avec la femme de son prochain devra mourir, lui et sa complice.

Le roi David échappe à cette sentence capitale. Retenons de cet épisode que le fait d’avoir plusieurs femmes et concubine n’empêche pas de lorgner celle du voisin. David s’éprend de sa voisine Bethsabée, la fille du général Uri. Comme chacun le sait, l’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin. David utilise les grands moyens puisqu’il envoie son général se faire tuer au combat afin de lui ravir son épouse.

Il (David) écrivait dans la lettre : « Mettez Urie au plus fort de la mêlée et reculez derrière lui : qu'il soit frappé et qu'il meure (2S 11,15). »

Le stratagème fonctionne et Bethsabée se retrouve dans son lit. Le prophète Nathan fait une très habile leçon de morale à David qui s’écrie conformément à la loi :

Un hôte se présenta chez l'homme riche qui épargna de prendre sur son petit ou gros bétail de quoi servir au voyageur arrivé chez lui. Il vola la brebis de l'homme pauvre et l'apprêta pour son visiteur. » David entra en grande colère contre cet homme et dit à Natân : « Aussi vrai que Yahvé est vivant, l'homme qui a fait cela est passible de mort (2S 12,4-5)!

Yahvé accorde finalement son pardon à David. Mais le premier enfant issu de cette union adultère et criminelle meurt. Le second sera le grand roi Salomon.

La prostitution

La prostitution est également dépeinte dans la bible en des termes qui montrent qu’elle fait partie des plus vieux métiers du monde. Juda, l’un des douze fils de Jacob va tout naturellement vers une prostituée en échange d’un chevreau (Gn 38,16). Samson passe une partie de la nuit avec une prostituée avant de réaliser ses exploits (Jg 16,1). Le livre du prophète Osée raconte qu’il est possible d’aimer une prostituée – Gomer - au point de lui pardonner et d’en faire son épouse. La sagesse met néanmoins en garde contre les dangers qu’elle représente ; la prostituée est une fosse profonde (Pr 23,37) avec laquelle on perd son héritage (Si 9,6).

Mais la bible fait aussi de ces femmes un personnage incontournable, certaines d'entre elles jouant des rôles importants dans l'histoire du salut. Tamar se fait passer pour une prostituée afin d'assurer une descendance à son mari auprès de son beau-père Juda (Gn 38). Rahab, la prostituée, aide les envoyés de Josué à prendre la ville de Jéricho (Jos 2,1; 6,17), son nom est ainsi lié à jamais à la conquête de la terre promise (Héb 11,31; Jc 2,25). Jephté, l'un des juges d'Israël, est fils d'une prostituée (Jg 11, 1). Se sont deux prostituées qui se disputent l'enfant devant Salomon, qui incita celui-ci à rendre son célèbre jugement, le témoignage de l'une d'entre elles est édifiant

Apportez-moi une épée », ordonna le roi ; et on apporta l'épée devant le roi, qui dit : « Partagez l'enfant vivant en deux et donnez la moitié à l'une et la moitié à l'autre. » Alors la femme dont le fils était vivant s'adressa au roi, car sa pitié s'était enflammée pour son fils, et elle dit : « S'il te plaît, Monseigneur ! Qu'on lui donne l'enfant vivant, qu'on ne le tue pas ! », mais celle-là disait : « Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! » Alors le roi prit la parole et dit : « Donnez l'enfant vivant à la première, ne le tuez pas. C'est elle la mère. » (1 Rois 3,24-28).

Remarquons que parmi ces femmes que nous venons de mentionner, Tamar et Rahab se retrouvent dans la généalogie de Jésus parmi les trois seules femmes y figurant (Mt 1,3-5). Le Nouveau Testament confirmant ainsi le statut héroïque de ces femmes de la première Alliance.

Dans ce registre, il faut aussi citer la prostitution sacrée. Telle qu'elle est pratiquée dans les temples de Canaan, la prostitution sacrée se veut à l'image du cosmos que l'on pense constitué de divinités sexuées. Les rites sexuels dans les temples ont pour finalité d’imiter la fécondation de la terre. Les hommes tentent de s'assurer par des rites magiques la bienveillance des divinités dont dépend la fécondité, celle de la terre et celle de la femme. Le Dieu d'Israël refusera ces mythologies cosmiques et combattra les pratiques de prostitution sacrée qui l'accompagnent :

Israël s'établit à Shittim. Le peuple se livra à la prostitution avec les filles de Moab. Elles l'invitèrent aux sacrifices de leurs dieux ; le peuple mangea et se prosterna devant leurs dieux ; Israël s'étant ainsi commis avec le Baal de Péor, la colère de Yahvé s'enflamma contre lui. Yahvé dit à Moïse : « Prends tous les chefs du peuple. Empale-les à la face du soleil, pour Yahvé : alors l'ardente colère de Yahvé se détournera d'Israël. » Moïse dit aux juges d'Israël : « Que chacun mette à mort ceux de ses hommes qui se sont commis avec le Baal de Péor (Nb 25,1-3). »

L’union conjugale, image de l’alliance

La réalité humaine de la relation homme-femme porte en elle la trace de Dieu, et c'est à travers cette trace qu'elle est le lieu de la révélation de l'alliance. La vie conjugale, dans ses actes les plus intimes, est à l'image du Dieu de l'alliance.

Le prophète Osée est le premier qui fasse appel à la réalité humaine de la vie conjugale pour expliciter l'alliance de Yahvé avec Israël. La vie conjugale d'Osée comporte deux symboles particulièrement significatifs : le mariage avec une prostituée et le rétablissement de la vie commune après adultère. Ces réalités terrestres de la vie conjugale évoquent symboliquement les rapports entre Yahvé et son peuple infidèle. Le corps de Gommer, livré à la prostitution et à l'adultère, est le lieu où se joue l'histoire d'un peuple. Gommer représente la déchéance d'Israël et pourtant Osée l'aime au point d'en faire son épouse :

Os 1,2 Yahvé lui dit : Va, prends une femme portée à la prostitution et des enfants de prostitution, car le pays ne fait que se prostituer en se détournant de Yahvé

La relation homme-femme, dans ce qu'elle a de plus intime, est rendue, en hébreu, par l'expression «connaître la femme». Ce terme, qui désigne l'acte sexuel, est précisément celui qu'Osée emploie pour décrire les rapports intimes de Yahvé et d'Israël (Os 4,1; 4,6; 6, 3; 6, 6; 13, 4). L'union des corps symbolise les rapports entre Dieu et son peuple. L'alliance s'écrit dans l'union des corps.

Après Osée, de nombreux prophètes reprennent le thème de la vie conjugale pour décrire l'histoire d'amour d'un Dieu passionné. Ainsi, Jérémie accuse Israël de s'être livré à l'adultère et prostitué à de nombreux partenaires :

Jr 3,1-2 Et toi qui t'es prostituée à tant de partenaires... Y a-t-il un endroit où tu ne te sois pas accouplée ? En bordure de chemin tu t'asseyais pour les attendre

Ezéchiel dépeint toute l'histoire de l'alliance de Dieu avec Jérusalem en des termes qui évoquent la passion jalouse d'un amant pour sa promise (Ez 16). Dieu accorde tout à celle qu'il s'est choisie : la vie, la beauté la splendeur et la perfection. Mais Jérusalem profite du renom de sa beauté pour se prostituer à tous les passants :

Tu t'es offerte à tout passant; tu as multiplié tes débauches; tu t'es prostituée... Ton sexe a été découvert; ta nudité a été dévoilée ( ? ? ?)

Ce langage symbolique permet d'exposer une réalité politique et théologique et, en retour, éclaire la vie conjugale. Pour exprimer les exigences de l'alliance, les prophètes choisissent la vie conjugale et notamment le thème de la fidélité. Par l'alliance, Israël est appelé à mettre sa confiance dans la parole de Dieu. Mais l'homme est pécheur, et les alliances avec d'autres puissances aux multiples divinités sont parfois plus attrayantes que le Dieu unique. Toute l'histoire d'Israël est ainsi jalonnée par des recherches d'alliés que les prophètes comparent à des amants. Le corps offert à l'adultère et à la prostitution devient le lieu de la révélation de l'amour fidèle et unique de Dieu.

En somme, comme le souligne Neher, la totale présence des époux l'un à l'autre dévoile «ce qu'il y a de pénétrant, d'immédiat, d'intime dans l'union avec Dieu, qui implique l'être tout entier dans sa révélation brusque et totale (A. NEHER, L'essence du prophétisme, PUF, 1955, p. 267.).» L'union des corps est une connaissance privilégiée qui ouvre l'homme et la femme à la vie relationnelle et révèle un amour au-delà du sensible : celui de Dieu.

Le statut de la femme

D’une manière générale, la femme ne jouit pas d’un statut qui lui garantisse une sécurité à long terme. Ainsi la femme de Samson est donnée à son garçon d’honneur (Jg 14,20). Abraham n’ose pas reconnaître que Sara est sa femme devant le roi d’Égypte Abimélek, parce qu’il craint d’être tué à cause d’elle. Celle-ci est finalement enlevée par Abimélek (Gn 20), mais Dieu intervient et l’histoire se termine bien puisque le roi ne la touche pas et la rend à Abraham avec de multiples cadeaux. Le sort des captives de guerres est encore plus risqué puisqu’elles peuvent être rejetées après consommation sans pour autant en tirer un parti financier :

Lorsque tu partiras en guerre contre tes ennemis, que Yahvé ton Dieu les aura livrés en ton pouvoir et que tu leur auras fait des prisonniers, si tu vois parmi eux une femme bien faite et que tu t'en éprennes, tu pourras la prendre pour femme et l'amener en ta maison. Elle se rasera la tête, se coupera les ongles et quittera son vêtement de captive ; elle demeurera dans ta maison et pleurera tout un mois son père et sa mère. Ensuite tu pourras t'approcher d'elle, agir en mari, et elle sera ta femme. S'il arrive qu'elle cesse de te plaire, tu la laisseras partir à son gré, sans la vendre à prix d'argent : tu ne dois pas en tirer profit, puisque tu as usé d'elle (Dt 21,10-14).

Séduction et érotisme

La séduction joue une rôle important dans les relations homme-femme. Ruth se lave et se parfume ; puis en pleine nuit s’allonge auprès de Booz afin qu’elle devienne sa femme (Rt 3). Judith use également de ses charmes, mais dans un dessein meurtrier. Jouissant d’une très grande beauté, elle réussit à s’introduire chez l’ennemi, jusque dans la tente du général Holopherne. La dernière scène se passe sur le lit. Holopherne, complètement ivre est sous le charme de Judith qui finit pas lui faire perdre la tête, au sens figuré comme au sens propre du terme (Jd 13).

Dans les histoires amoureuses, il faut aussi citer le couple du Cantique des cantiques. Un homme et une femme vivent dans un lieu paradisiaque où règnent l’ivresse des sens et la volupté des corps. Les amants se cherchent, se trouvent, se reperdent pour mieux se retrouver. Il n’y est jamais question de Dieu, ni de mariage, ni même de procréation. L’amour érotique se suffit à lui-même.

Le pur et l’impur

Le binôme pur impur est une notion qui se retrouve chez les peuples dits « primitifs » et dans la plupart des religions anciennes. Par derrière ces deux termes se dissimule une symbolique très ancienne, celle de la souillure, de la tache souvent liée à des types de comportements et à des interdits sexuels. Le « pur » correspond donc à« propre, clair, sans mélange, vrai, complet, ordonné ». Ce qui est pur favorise la vie, l'épanouissement, la rationalité, la maîtrise de la nature. L' « impur » s'harmonise avec « sale, trouble, hybride, faux, anormal, désordonné ». Ce qui est impur mène à l'affaiblissement de la vie, à la mort, à l'absurdité. L'impur est souvent du côté de la nature mal contrôlée, de l’animalité (Voir la thèse de Béatrice Bérubé, Jésus et la loi, le pur et l’impur, le divorce et le remariage. http://www.archipel.uqam.ca/7242/.).

Les vocables « pur » et « impur » que l'on retrouve dans le corpus biblique sont quasiment tous liés à la croyance d'Israël en Yahvé et au culte qui lui est rendu. La distinction entre ces deux concepts repose sur la présupposition que l'impureté et Yahvé sont deux réalités inconciliables. Par conséquent, la pureté est considérée tacitement comme une règle, comme la norme qui permet à un individu de participer au culte, alors que l'impureté, hostile à Yahvé, exclut une personne du culte, voire de la communauté.

Si le croyant ne respecte pas les interdictions, il est sale, ou contagieux, donc « impur » pour le culte. Mais « il n’en est pas pour autant pécheur », répète encore au VIIe siècle l’évêque Isidore de Séville (de même que se laver les mains avant de passer à table ne veut pas dire que notre occupation précédente était un péché). Ainsi les règles, l’accouchement, l’écoulement de sperme, le rapport sexuel rendent inaptes au culte pendant un temps déterminé, et nécessitent de se laver rituellement avant de reprendre place au milieu des fidèles. Ont d’ailleurs la même conséquence le fait de toucher le cadavre d’un animal considéré comme impur, aussi bien que plusieurs maladies de peau telles que la lèpre, les furoncles, ou la teigne (Lévitique chapitres 11 à 20).

Les règles de Lévitique concernant l’impureté liée au sexe servent à un but très important – il séparait clairement le sexe de la vie religieuse. Si un homme avait des relations sexuelles avec son épouse, cela les rendait tous les deux impurs jusqu'au soir. Cela voulait dire que les Israélites ne pouvaient pas avoir de relations sexuelles pendant le sabbat, puisque tous deux seraient impurs, leur interdisant de participer au culte. L’effet était d’encourager les Israélites à garder leurs esprits concentrés sur la communion. Idéalement, à la fois l’intimité sexuelle et l’intimité spirituelle exigent la participation concentrée du corps, de l’âme, et de l’esprit.

La séparation de l’activité sexuelle et du culte était particulièrement importante pour les Israélites à cause des rites païens des Cananéens, dont le culte de la fertilité résultait en unions sexuelles (Nb 25,1-9), une pratique dans laquelle les Israélites étaient déjà tombés (Ex 32,6). Si la législation de pur/impur ne fit rien de plus que de créer un large gouffre entre le sexe et le culte, elle rendit une grande faveur aux Israélites. Elle leur fit réaliser la différence entre leur culte et celle de leurs voisins païens.

Quelle que soit la forme de l'impureté rituelle, la tradition biblique exige des rites de purification : rites de sacrifice, bains rituels ou attente du coucher du soleil pour certains cas et, pour d'autres, par exemple une personne atteinte d'affections cutanées, retranchement de la communauté et rites de deuil sont prescrits afin d'avertir les autres de se tenir à l'écart de cet être impur (Lv 13,46). Le Lévitique rappelle avec force qu'une femme ayant ses règles ou venant d'accoucher est impure (Le phénomène était inexpliqué et sécrétait donc une crainte. Le sang est lié à la vie; sa perte est synonyme de mort; cf. A. SAMUEL, Les femmes et les religions, Éditions ouvrières, 1995, pp. 169-174.). L'impureté présente un danger pour le peuple de Dieu. Elle risque d'attirer la colère de Dieu. Il faut donc éloigner du peuple ceux qui se sont rendus impurs.

Yahvé parla à Moïse et dit : Parle aux Israélites, dis-leur : Si une femme est enceinte et enfante un garçon, elle sera impure pendant sept jours comme au temps de la souillure de ses règles. Au huitième jour on circoncira le prépuce de l'enfant et pendant trente-trois jours encore elle restera à purifier son sang. Elle ne touchera à rien de consacré et n'ira pas au sanctuaire jusqu'à ce que soit achevé le temps de sa purification. Si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines, comme pendant ses règles, et restera de plus soixante-six jours à purifier son sang (Lv 12,1-5). Yahvé parla à Moïse et à Aaron, et dit : Parlez aux Israélites, vous leur direz : Lorsqu'un homme a un écoulement sortant de son corps, cet écoulement est impur. Voici en quoi consistera son impureté tant qu'il a cet écoulement : Que sa chair laisse échapper l'écoulement ou qu'elle le retienne, il est impur. Tout lit où couchera cet homme sera impur et tout meuble où il s'assiéra sera impur (Lv 15,1-4). Lorsqu'un homme aura un épanchement séminal, il devra se laver à l'eau tout le corps et il sera impur jusqu'au soir. Tout vêtement et tout cuir qu'aura atteint l'épanchement séminal devra être nettoyé à l'eau et sera impur jusqu'au soir. Quand une femme aura couché maritalement avec un homme, ils devront tous deux se laver à l'eau, et ils seront impurs jusqu'au soir. Lorsqu'une femme a un écoulement de sang et que du sang s'écoule de son corps, elle restera pendant sept jours dans la souillure de ses règles. Qui la touchera sera impur jusqu'au soir … Si un homme couche avec elle, la souillure de ses règles l'atteindra. Il sera impur pendant sept jours. Tout lit sur lequel il couchera sera impur. (Lv 15,16-24).

Lv 20:18 L'homme qui couche avec une femme pendant ses règles et découvre sa nudité : il a mis à nu la source de son sang, elle-même a découvert la source de son sang, aussi tous deux seront retranchés du milieu de leur peuple.

Virginité et mariage

Si un homme a des relations sexuelles avec une femme vierge, il doit l'épouser ou verser l'équivalent d'une dot à son père

Si quelqu'un séduit une vierge non encore fiancée et couche avec elle, il versera le prix et la prendra pour femme. Si son père refuse de la lui donner, il versera une somme équivalente au prix fixé pour les vierges (Ex 22,16).

Si un homme rencontre une jeune fille vierge qui n'est pas fiancée, la saisit et couche avec elle, pris sur le fait, l'homme qui a couché avec elle donnera au père de la jeune fille cinquante pièces d'argent ; elle sera sa femme, puisqu'il a usé d'elle, et il ne pourra jamais la répudier (Dt 23,28-29).

Le verset précise « qui n’est pas fiancée », car en cas de fiançailles il s’agirait d’un adultère passible de mort. Un autre verset donne une précision en cas de viol d’une vierge fiancée. Si le viol a lieu à la campagne, seul l’homme est condamné à mort ; mais s’il a lieu à la ville, tous les deux sont condamnés parce que la jeune fille aurait pu appeler au secours :

Si une jeune fille vierge est fiancée à un homme, qu'un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les conduirez tous deux à la porte de cette ville et vous les lapiderez jusqu'à ce que mort s'ensuive : la jeune fille parce qu'elle n'a pas appelé au secours dans la ville, et l'homme parce qu'il a usé de la femme de son prochain. Tu feras disparaître le mal du milieu de toi. Mais si c'est dans la campagne que l'homme a rencontré la jeune fille fiancée, qu'il l'a violentée et a couché avec elle, l'homme qui a couché avec elle mourra seul ; tu ne feras rien à la jeune fille, il n'y a pas en elle de péché qui mérite la mort. Le cas est semblable à celui d'un homme qui se jette sur son prochain pour le tuer : car c'est à la campagne qu'il l'a rencontrée, et la jeune fille fiancée a pu crier sans que personne vienne à son secours (Dt 22,23-27).

La virginité doit dans certains cas être prouvée, notamment si l’homme prend sa femme en aversion après la nuit de noces. Si celle-ci était vierge, il doit la garder, sinon la femme est condamnée à la lapidation :

Si un homme épouse une femme, s'unit à elle et ensuite la prend en aversion, 14.  et qu'il lui impute alors des fautes et la diffame publiquement en disant : « Cette femme que j'ai épousée et dont je me suis approché, je ne lui ai pas trouvé les signes de la virginité », 15.  le père de la jeune femme et sa mère prendront les signes de sa virginité et les produiront devant les anciens de la ville, à la porte. Le père de la jeune femme dira alors aux anciens : « Ma fille que j'ai donnée pour femme à cet homme, il l'a prise en aversion, et voici qu'il lui impute des fautes en disant : «Je n'ai pas trouvé à ta fille les signes de la virginité. » Or, voici les signes de la virginité de ma fille. » Et ils déploieront le linge devant les anciens de la cité. Les anciens de cette cité se saisiront de l'homme, le châtieront et lui infligeront une amende de cent pièces d'argent, qu'ils donneront au père de la jeune femme, pour avoir diffamé publiquement une vierge d'Israël. Il l'aura pour femme et ne pourra jamais la répudier. Mais si la chose est avérée, et qu'on n'ait pas trouvé à la jeune femme les signes de la virginité, on la fera sortir à la porte de la maison de son père et ses concitoyens la lapideront jusqu'à ce que mort s'ensuive, pour avoir commis une infamie en Israël en déshonorant la maison de son père. Tu feras disparaître le mal du milieu de toi Dt 22,13-21.

Il est inconcevable d’envisager des relations sexuelles en dehors du mariage à tel point que celles-ci impliquent le mariage :

Et Isaac introduisit Rébecca dans sa tente : il la prit et elle devint sa femme et il l'aima (Gn 24,67).

Or Laban avait deux filles : l'aînée s'appelait Léa, et la cadette, Rachel. Les yeux de Léa étaient doux, mais Rachel avait belle tournure et beau visage et Jacob aimait Rachel. Il répondit : Je te servirai sept années pour Rachel, ta fille cadette. Laban dit : Mieux vaut la donner à toi qu'à un étranger; reste chez moi. Donc Jacob servit pour Rachel, pendant sept années qui lui parurent comme quelques jours, tellement il l'aimait. Puis Jacob dit à Laban : Accorde-moi ma femme car mon temps est accompli, et que j'aille vers elle ! Laban réunit tous les gens du lieu et donna un banquet. 23. Mais voici qu'au soir il prit sa fille Léa et la conduisit à Jacob; et celui-ci s'unit à elle ! Laban donna sa servante Zilpa comme servante à sa fille Léa. Le matin arriva, et voilà que c'était Léa ! Jacob dit à Laban : Que m'as-tu fait là ? N'est-ce pas pour Rachel que j'ai servi chez toi ? Pourquoi m'as-tu trompé ? Laban répondit : Ce n'est pas l'usage dans notre contrée de marier la plus jeune avant l'aînée. Mais achève cette semaine de noces et je te donnerai aussi l'autre comme prix du service que tu feras chez moi pendant encore sept autres années. Jacob fit ainsi : il acheva cette semaine de noces et Laban lui donna sa fille Rachel pour femme. Laban donna sa servante Bilha comme servante à sa fille Rachel. Jacob s'unit aussi à Rachel et il aima Rachel plus que Léa; il servit chez son oncle encore sept autres années (Gn 29, 16-30).

Le Nouveau Testament

Le Nouveau Testament est plus discret que l’Ancien Testament sur la sexualité. D’une part parce que les fondements de la morale sont posés et d’autre part parce que le légalisme doit être mis au service de l’amour de Dieu et du prochain qui deviennent les premiers des commandements.

Jésus ne prononce pas de discours sur la sexualité ; il ne prodigue aucun conseil en la matière et ne joue donc pas le rôle de conseiller conjugal ou de sexologue. Il n’évoque pas les cas d’impureté, ni les différentes pratiques sexuelles dénoncées dans l’AT. Il rappelle les commandements, notamment l’interdit de l’adultère. Mais il ne condamne pas la pécheresse que les pharisiens présentent devant lui (Jn 8,1-11). Il s’agit là d’une révolution par rapport à la loi mosaïque. Cette femme devait être lapidée ; Jésus lui pardonne en lui disant simplement « Va et ne pèche plus ».

Jésus va cependant plus loin que l’Ancien Testament en ce qui concerne l’interdit de l’adultère. L’AT condamnait la relation physique et énonçait dans le 10e commandement l’interdit de convoiter la femme de son prochain, sans pour autant dire qu’il s’agit d’adultère. Pour Jésus celui qui désire une femme dans son cœur a déjà commis l’adultère :

Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu ne commettras pas l'adultère. Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l'adultère avec elle (Mt 5,27).

L’exigence est donc beaucoup plus grande, mais la sanction légaliste disparaît. C’est à une pureté du cœur que Jésus nous invite.

Saint Paul se charge d’apporter des précisions et de poser les fondements d’une éthique sexuelle qui sera reprise par l’Église. Il énonce l’unicité du lien homme-femme par opposition à la polygamie tolérée dans l’AT :

Co 7,2 Que chaque homme ait sa femme à lui et que chaque femme ait son propre mari.

Il faut donc que l'Évêque soit irréprochable, mari d'une seule femme,... ni adonné au vin, ... non attaché à l'argent, ... ayant des enfants (1 Tim 3,1-3)

Il condamne l’inceste entre un père et sa fille :

On n'entend parler que d'inconduite parmi vous, et d'une inconduite telle qu'il n'en existe pas même chez les païens ; c'est à ce point que l'un de vous vit avec la femme de son père (1Co 5,1)!

Saint Paul reprend la condamnation de la sodomie énoncée dans l’épisode de Sodome et Gomorrhe ; il constate que l’homme n’a pas changé sur ce plan ; les femmes s’adonnent à des rapports contre nature et les hommes s’enflamment les uns pour les autres

Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; pareillement les hommes, délaissant l'usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l'infamie d'homme à homme et recevant en leurs personnes l'inévitable salaire de leur égarement. (Ro 1,26-27).

Il condamne aussi la fornication, c’est-à-dire une relation en dehors du mariage ou une relation avec une prostituée

Ou bien ne savez-vous pas que celui qui s'unit à la prostituée n'est avec elle qu'un seul corps ? Car il est dit : Les deux ne seront qu'une seule chair. (1 Co 6,18).

Jésus nous donne néanmoins un regard nouveau sur les prostituées : elles, qui à l'époque du Nouveau Testament représentaient toujours la lie de la société avec les publicains, sont révélées par Jésus comme étant parmi les premières à croire en la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu :

En vérité je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu. En effet, Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui ; les publicains, eux, et les prostituées ont cru en lui ; et vous, devant cet exemple, vous n'avez même pas eu un remords tardif qui vous fît croire en lui (Mt 21, 31-32). D’une manière générale Saint Paul est très vigoureux dans ses exhortations à l’égard des débauchés, impudiques, dépravés, adultères et autres formes d’inconduites (1 Co 6,9).

Plus positivement Saint Paul exhorte ses fidèles à avoir des relations sexuelles pour éviter d’être tenté d’aller voir ailleurs ; c’est du bon sens :

Ne vous refusez pas l'un à l'autre, si ce n'est d'un commun accord, pour un temps, afin de vaquer à la prière ; et de nouveau soyez ensemble, de peur que Satan ne profite, pour vous tenter, de votre incontinence (1Co 7,5).

Il faut néanmoins tempérer cette exhortation car il ne s’agit que d’une concession :

Ce que je dis là est une concession, non un ordre. 7.  Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ; mais chacun reçoit de Dieu son don particulier, celui-ci d'une manière, celui-là de l'autre. 8.  Je dis toutefois aux célibataires et aux veuves qu'il leur est bon de demeurer comme moi. 9.  Mais s'ils ne peuvent se contenir, qu'ils se marient : mieux vaut se marier que de brûler (1Co 7,6-9).

La relation sexuelle est plus un devoir qu’un plaisir. Mais Saint Paul amorce une révolution concernant l’égalité des sexes. Il dit en effet que chacun des partenaires peut disposer du corps de l’autre, une recommandation ignorée pendant très longtemps :

La femme ne dispose pas de son corps, mais le mari. Pareillement, le mari ne dispose pas de son corps, mais la femme (1 Co 7,4).

Saint Paul et Jésus rappellent que l’homme et la femme sont appelés à ne former qu’une seule chair et que l’homme ne doit pas désunir ce que Dieu a uni (Mt 19,5-6 ; Eph 5,31).

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