Le pain et le vin

Le pain

Dans la bible

La première nourriture dont il est question dans la bible est le pain, lechem en hébreu :

Gn 3,19 A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain.

Cet aliment composé de farine et d’eau est le plat de base de l’alimentation dans de nombreuses cultures, notamment chez les israélites (fait d’orge pour les pauvres et de froment pour les plus aisés). Le pain est une nourriture essentielle pour la vie ; il est même utilisé pour les sacrifices comme signe de reconnaissance envers la divinité pour ses bienfaits.

Gn 47,13 Il n’y avait pas de pain sur toute la terre, car la famine était devenue très dure et le pays d’Égypte et le pays de Canaan languissaient de faim.

Ex 16,3-4 Les israélites leur dirent : « Que ne sommes-nous morts de la main de Yahvé au pays d’Égypte, quand nous étions assis auprès de la marmite de viande et mangions du pain à satiété ! À coup sûr, vous nous avez amenés dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette multitude. » Yahvé dit à Moïse : « Je vais faire pleuvoir pour vous du pain du haut du ciel. Les gens sortiront et recueilleront chaque jour leur ration du jour ; je veux ainsi les mettre à l’épreuve pour voir s’ils marcheront selon ma loi ou non.

Gn 21,14 Abraham se leva tôt, il prit du pain et une outre d’eau qu’il donna à Agar, et il mit l’enfant sur son épaule, puis il la renvoya. Elle s’en fut errer au désert de Bersabée.

Lv 7,13 On ajoutera donc cette offrande aux gâteaux de pain fermenté et au sacrifice de communion avec louange.

Pour les chrétiens, le pain devient un symbole de reconnaissance. Les épisodes de la multiplication des pains sont « le signe par excellence de la reconnaissance de Jésus comme Christ.» Ainsi, lorsque Jésus nourrit plus de 5000 hommes à partir de 5 pains et deux poissons, on veut se saisir de lui pour le faire roi. Il est reconnu comme le « prophète annoncé » (Jean, 6,14), même si le peuple se trompe sur sa royauté. Signe de reconnaissance du Christ, la fraction du pain l’est aussi après sa résurrection, sur le chemin d’Emmaüs (Luc, 24, 30).

Le pain de vie

Lors de la cène, Jésus identifie le pain à son propre corps :

Lc 22,19 Puis, prenant du pain, il rendit grâces, le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous ; faites cela en mémoire de moi. »

À travers ces paroles, le pain devient le symbole de la présence de Jésus, le symbole de la communion entre Dieu et les hommes. Le pain remplace tous les aliments sacrificiels de l’Ancien Testament, même la manne du ciel.

Jn 6,31-35 Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur a donné à manger du pain venu du ciel. » Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c’est mon Père qui vous le donne, le pain qui vient du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là. » Jésus leur dit : « Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif.

La fraction du pain

Dans les Actes des apôtres, la célébration instituée par Jésus à la Cène est appelée "fraction du pain" et elle est désignée par l’expression "rompre le pain". Les chrétiens se réunissaient dans leur maison (Act 2,46) pour rompre le pain le premier jour de la semaine (Act 20,7).

Avant toute chose, le rite de la fraction du pain unit les convives en une même communauté de table. « À chaque repas pris en commun, la communauté de table est constituée par le rite de la fraction du pain... Lorsque le père de famille prononce la bénédiction sur le pain - bénédiction que chaque convive s’approprie par l’ Amen ! - qu’il le rompt et qu’il en présente à chacun un morceau à manger, cela signifie que chacun des commensaux participe par la manducation à la bénédiction de table ; l’amen prononcé en commun et la manducation commune du pain de bénédiction unissent les convives en une même communauté de table (J. Jérémias) »

Ce rite porte en lui une fonction de rassemblement autour de la table, d’accueil, il a pour but de faire l’unité entre les convives, réalisant ainsi une communion, celle-ci étant aussi le fruit de cette fraction. Dans nos eucharisties actuelles, le rite de la fraction continue à réaliser l’unité de la célébration. Elle arrive comme un sommet dans la deuxième partie de la messe, qu’on appelle la liturgie eucharistique, ainsi cette signification du rite demeure.

Dans le repas chrétien, le Seigneur Jésus, qui préside toujours comme à Emmaiis, continue de partager et de distribuer le pain. Ainsi se réalise la koivovux : l’entraide et la communion à un même pain pour devenir un seul corps. René Pothier et Sr Catherine Aubin, La Fraction du pain et sa signification, revue La Maison-Dieu, n° 209, 1997.

Le pain sans levain

La Bible dit que, tous les ans au moment de la Pâque, les israélites ne doivent manger que du pain sans levain, en commémoration de leur sortie de l’esclavage en Égypte. Les israélites sont sortis d’Égypte avec tant de hâte qu’ils n’ont pas eu le temps de faire lever leur pain. C’est pour cela que la première Pâque a été célébrée avec du pain sans levain.

Dt 16,3-4 Tu ne mangeras pas, avec la victime, de pain fermenté ; pendant sept jours tu mangeras avec elle des azymes - un pain de misère -, car c’est en toute hâte que tu es sorti du pays d’Égypte : ainsi tu te souviendras, tous les jours de ta vie, du jour où tu sortis du pays d’Égypte. Pendant sept jours on ne verra pas chez toi de levain, sur tout ton territoire, et de la chair que tu auras sacrifiée le soir du premier jour rien ne devra être gardé jusqu’au lendemain. Le pain sans levain devient offrande à Dieu. Dans le Nouveau Testament aussi, il symbolise la purification, le renouvellement total, puisque rien d’ancien n’est mêlé à la nouvelle pâte.

1Co 5,6-8 Il n’y a pas de quoi vous glorifier ! Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes. Car notre pâque, le Christ, a été immolée. Ainsi donc, célébrons la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de pureté et de vérité.

L’hostie rappelle encore aujourd’hui cette tradition juive. Dans le rite latin des catholiques, le pain azyme est utilisé comme pour la Pâque juive. Ainsi, l’instruction Redemptionis Sacramentum publiée en 2004 affirme que l’eucharistie « doit être célébrée avec du pain azyme, de pur froment et confectionné récemment en sorte qu’il n’y ait aucun risque de corruption ». Le rite byzantin des Églises catholiques orientales utilise du pain levé. L’Église catholique arménienne, Église apostolique arménienne, l’Église catholique syro-malabare et l’Église maronite ont adopté l’usage du pain sans levain. Dans les Églises protestantes, il existe une grande variété de pratiques quant au type de pain utilisé, azyme ou levé. Les Églises orthodoxes utilisent du pain levé.

L’introduction spécifique des hosties est assez tardive : jusqu’au IXe siècle, les fidèles offraient le pain et le vin qu’ils avaient apportés, et le prêtre prélevait juste la quantité nécessaire pour la consécration. Le pain restant était distribué ensuite en signe de partage. A partir du IXe siècle, le mode de vie changeait, et certains fidèles préféraient offrir de l’argent que du pain. D’autre part, un souci liturgique s’est dégagé : uniformiser les offrandes et éviter d’avoir à rompre du pain, ce qui amenait toujours à la multiplication des parcelles. De petits pains individuels furent préparés, au nom d’hosties (ce qui signifie étymologiquement « victime »). Dans ce même souci liturgique, on réserva au prêtre une hostie plus grande, afin de conserver le rite de fraction du pain tel que le Christ l’avait fait. Une taille plus importante a de plus l’avantage pastoral d’être plus visible lors de l’élévation. Lien vers le site.

Ces différences résultent de l’histoire. Il est très difficile de conclure à partir des évangiles quel pain a utilisé Jésus lors de la cène. S’il s’agit d’un repas pascal comme semblent le montrer les évangiles synoptiques, alors il s’agit d’un pain azyme, non levé. Mais Jean place son récit avant cette fête, et dans ce cas le pain aurait été fermenté. Par ailleurs, les évangélistes utilisent le mot artos (pain au levain) et non pas le mot azymos (pain sans levain). Voir Annie JAUBERT, La date de la dernière cène, Revue de l’histoire des religions Année 1954 146-2 pp. 140-173. https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1954_num_146_2_7015

Le pape Benoît XVI nous livre l’analyse suivante sur la date de la cène :

Que devons-nous donc dire ? J’ai trouvé l’évaluation la plus précise de toutes les solutions imaginées jusqu’à maintenant dans le livre sur Jésus de John P. Meier, qui a exposé une vaste étude sur la chronologie de la vie de Jésus à la fin de son premier volume. Il arrive au résultat qu’il faut choisir entre la chronologie synoptique et la chronologie johannique et il montre, selon l’ensemble des sources, que la décision doit être en faveur de Jean.

Jean a raison : au moment du procès de Jésus devant Pilate, les autorités juives n’avaient pas encore mangé la Pâque et pour cela elles devaient se maintenir encore cultuellement pures. Il a raison : la crucifixion n’a pas eu lieu le jour de la fête, mais la veille. Cela signifie que Jésus est mort à l’heure à laquelle les agneaux pascals étaient immolés dans le Temple. Que par la suite les chrétiens aient vu en cela plus qu’un pur hasard, qu’ils aient reconnu Jésus comme le véritable Agneau, qu’ainsi ils aient justement trouvé le rite des agneaux porté à sa vraie signification – tout cela est donc tout à fait normal. Reste la question : mais alors pourquoi les Synoptiques ont-ils parlé d’un repas pascal ? Sur quoi se fonde cette ligne de la tradition ? Meier ne peut pas non plus donner une réponse vraiment convaincante à cette question. Il en fait toutefois la tentative – comme beaucoup d’autres exégètes – au moyen de la critique rédactionnelle et littéraire. Il cherche à montrer que les passages de Mc 14,1a et 14,12-16 – les seuls passages où chez Marc on parle de la Pâque – auraient été insérés par la suite. Dans le récit proprement dit de la dernière Cène, la Pâque ne serait pas mentionnée.

Cette tentative – pour autant qu’elle soit soutenue par de nombreux experts importants – est artificielle. Demeure juste, cependant, l’observation de Meier quant au rituel pascal qui apparaît peu dans le récit de la Cène elle-même chez les Synoptiques comme chez Jean. Avec cependant quelques réserves, on pourra adhérer ainsi à l’affirmation : "Toute la tradition johannique… concorde pleinement avec celle originaire des Synoptiques pour ce qui concerne le caractère de la Cène comme n’appartenant pas à la Pâque" (A Marginal Jew I, p. 398).

Mais alors, que fut vraiment la dernière Cène de Jésus ? Et comment est-on arrivé à la conception certainement très ancienne de son caractère pascal ? La réponse de Meier est étonnamment simple et convaincante sous de nombreux aspects. Jésus était conscient de sa mort imminente. Il savait qu’il n’aurait pas pu manger la Pâque. Dans cette claire conscience, il invita ses disciples à une dernière Cène de caractère très particulier, une Cène qui n’appartenait à aucun rite juif déterminé, mais qui était ses adieux, dans lesquels il donnait quelque chose de nouveau, il se donnait lui-même comme le véritable Agneau, instituant ainsi sa Pâque. Benoît XVI, Jésus de Nazareth.

A lire, Christian Grappe - La manne, une nourriture terrestre et spirituelle

Le vin

Sébastien Doane : Le vin : de la débauche à l’alliance avec Dieu
Gilles Donada - Le pain et le vin dans la bible

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