Enivrons-nous d'amour jusqu'au matin ! Jouissons dans la volupté ! (Pr 7,18)

Le baptême

Le baptême est le premier sacrement que nous recevons, celui qui inaugure la vie chrétienne. « Le saint Baptême est le fondement de toute la vie chrétienne, le porche de la vie dans l’Esprit (vitæ spiritualis ianua) et la porte qui ouvre l’accès aux autres sacrements (CEC 1213) ».

En tant qu’il est au commencement de la vie, c’est aussi celui qui est le plus proche de la nature, car il puise ses symboles dans les éléments de la nature : l’eau dans laquelle nous sommes plongés (sens du mot baptême), le vent qui prend la forme de l’Esprit, le feu symbolisé par la lumière du cierge pascal, la terre manifestée à travers notre corps d’argile dans lequel doit venir le souffle de Dieu pour devenir corps de vie.

Les deux premiers que nous venons de citer, l’eau et le vent, sont ceux que nous évoquons le plus souvent lorsque nous parlons du baptême : nous sommes en effet baptisés dans l’eau et l’Esprit. Ils ont d’ailleurs un point commun. Comme le souligne Bernard Sesboüé, « l’eau et l’Esprit ont un lien fondamental : la fluidité de l’eau qui prend toutes les formes et pénètre partout au vu et à l’insu des hommes a une affinité symbolique avec l’Esprit, dont le charisme est de se répandre bien au-delà de notre expérience (B. Sesboüé, Invitation à croire, Des sacrements crédibles et désirables, Cerf, 2009, p. 69)».

Jn 3,8.  Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit.

Enracinement biblique du baptême

L'eau fut utilisée comme symbole de purification dans de nombreuses religions depuis la nuit des temps. Dans l'Antiquité, les eaux du Gange en Inde, de l'Euphrate à Babylone, et du Nil en Égypte, furent utilisées pour des ablutions rituelles.

De multiples exemples bibliques montrent que l’eau joue un rôle primordial. Cet élément vital est par ailleurs associé au souffle du vent pour donner du sens à une naissance, à un commencement.

Approche vétéro-testamentaire

L’eau est le lieu où surgit la vie. Ce principe fondamental, nous le retrouvons dès le premier verset de la bible. L’eau est la matrice de l’univers autour de laquelle tournoie le souffle de Dieu. C’est le berceau de l’humanité.

Gn 1,1-2  Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux.

Un autre passage très célèbre reprend le thème de l’eau, mais comme force de mort. Il s’agit du déluge dont le rôle est de purifier l’humanité de ses péchés. Cet épisode signifie que la perversité, la méchanceté et la violence n’ont pas leur place dans le projet de Dieu. Après le temps de purification, Dieu fait passer un vent sur la terre et les eaux désenflent. À l’issue des 40 jours de pluie une colombe symbolise le retour de la terre ferme (Gn 8,1-12).

Dans le passage de la mer rouge, nous retrouvons l’eau et le vent. Cet épisode fondateur du peuple d’Israël symbolise la vie et la mort. C’est un baptême qui fait passer les Hébreux de l’esclavage à la liberté, de la mort à la vie. Moïse joue le rôle de médiateur de Dieu ; il étend la main et un vent refoule la mer (Ex 14,21).

Ex 14,21.  Moïse étendit la main sur la mer, et Yahvé refoula la mer toute la nuit par un fort vent d'est ; il la mit à sec et toutes les eaux se fendirent.

À côté de ses exemples qui concernent l’humanité ou le peuple d’Israël, il faut rappeler que la purification par l’eau tient une place prépondérante dans la vie de tous les jours. Si au départ le geste est lié à l’hygiène notamment afin de ne pas contracter de maladie, il devient progressivement un rite communautaire et religieux. L’objectif est de se purifier devant la communauté et face à Dieu, car l’impureté n’a pas sa place, ni dans le corps social, ni dans l’ekklesia naissante. Rappelons qu’il faut impérativement préserver la sécurité et l’intégrité du peuple et toute impureté constitue une menace à cet égard. Respecter les interdits communautaires, c’est assurer la cohésion sociale et religieuse du groupe. Le rite de purification est en ce sens un rite de réintégration dans la communauté et d’identification de celle-ci. Les rites de purification comprennent globalement 4 temps : le sacrifice, la mise à l’écart, le bain et la confession du péché dans le cas d’une faute personnelle. Un exemple de purification nous est donné dans le livre des rois (2R 5,1-14).

2 R 5,1-14. Naamân, chef de l'armée du roi d'Aram, était un homme en grande considération et faveur auprès de son maître, car c'était par lui que Yahvé avait accordé la victoire aux Araméens, mais cet homme était lépreux… Elisée envoya un messager lui dire : «Va te baigner sept fois dans le Jourdain, ta chair redeviendra nette.» Naamân, irrité, s'en alla en disant : «Je m'étais dit : Sûrement il sortira et se présentera lui-même, puis il invoquera le nom de Yahvé son Dieu, il agitera la main sur l'endroit malade et délivrera la partie lépreuse. Est-ce que les fleuves de Damas, l'Abana et le Parpar, ne valent pas mieux que toutes les eaux d'Israël? Ne pourrais-je pas m'y baigner pour être purifié?» Il tourna bride et partit en colère. Mais ses serviteurs s'approchèrent et s'adressèrent à lui en ces termes : «Mon père! Si le prophète t'avait prescrit quelque chose de difficile, ne l'aurais-tu pas fait? Combien plus, lorsqu'il te dit : «Baigne-toi et tu seras purifié.» Il descendit donc et se plongea sept fois dans le Jourdain, selon la parole d'Elisée : sa chair redevint nette comme la chair d'un petit enfant.

Purification et expiation des péchés

L’usage rituel de l’eau sous la forme de l’ablution, de l’immersion, de l’aspersion, de l’effusion est commun à la plupart des religions. Il se rattache au symbolisme naturel de l’eau qui exprime à la fois la purification, la mort et la vie.

Dans le contexte de l’Ancien Testament, l’usage de l’eau est étroitement associé à l’idée de purification et donc à l’état de pureté et d’impureté. L’impureté désigne le fait de ne pas être en règle avec la loi donnée par Yahvé et donc prendre le risque d’être exclu de la communauté. Est pur celui qui vit en conformité avec les 613 préceptes de la loi mosaïque ; est impur celui qui y déroge. Une distinction s’impose entre l’impureté et le péché. Le pécheur est impur, mais l’homme impur n’est pas forcément pécheur. Car le péché relève de la responsabilité personnelle et d’une faute. Un exemple simple est celui de la femme qui a ses règles : elle est impure, mais n’est pas pécheresse ; par contre toucher un cadavre ou faire un faux serment implique une confession :

Lev 5,5-6 S'il est responsable en l'un de ces cas, il aura à confesser le péché commis, il amènera à Yahvé à titre de sacrifice de réparation pour le péché commis une femelle de petit bétail brebis ou chèvre en sacrifice pour le péché ; et le prêtre fera sur lui le rite d'expiation qui le délivrera de son péché.

Les rites de purification comportent pour l’essentiel le lavement dans un bain (mikve), le respect d’un délai, un sacrifice ainsi que la confession et le pardon du péché dans le cas d’une faute précise.

L’objectif de ce rite touche à la vie communautaire. Rappelons qu’il faut impérativement préserver la sécurité et l’intégrité du peuple et toute impureté constitue une menace à cet égard. Respecter les interdits communautaires, c’est assurer la cohésion sociale et religieuse du groupe. Le rite de purification est en ce sens un rite de réintégration dans la communauté et d’identification de celle-ci.

La purification et l’octroi du pardon des péchés se rejoignent dans le rite d’expiation, rite codifié et institutionnalisé. Cette forte institutionnalisation ne joue pas en faveur d’un processus personnel de pardon. L’instauration du Yom Kippour, c’est à dire jour du grand pardon national renforce encore cette idée. Certains psaumes font néanmoins écho d’une prise de conscience intérieure de son péché :

Ps 51,3-5 Lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi. Car mon péché, moi, je le connais, ma faute est devant moi sans relâche; contre toi, toi seul, j'ai péché, ce qui est coupable à tes yeux, je l'ai fait.
Ps 32,1-5 Heureux qui est absous de son péché, acquitté de sa faute! Heureux l'homme à qui Yahvé ne compte pas son tort, et dont l'esprit est sans fraude! Je me taisais, et mes os se consumaient à rugir tout le jour; la nuit, le jour, ta main pesait sur moi; mon cœur était changé en un chaume au plein feu de l'été. Ma faute, je te l'ai fait connaître, je n'ai point caché mon tort; j'ai dit : J'irai à Yahvé. Confesser mon péché. Et toi, tu as absous mon tort, pardonné ma faute.

Au retour de l’exil, certains prophètes annoncent une purification dans l’eau et l’Esprit.

Ez 36,25-26 Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j'ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Cette annonce prophétique va s’amplifier avec le baptême annoncé par Jean-Baptiste.

Le baptême de Jésus

Le baptême pratiqué par Jean se rapproche du baptême conféré aux prosélytes, ces païens qui étaient par là introduits dans le peuple d’Israël. Il s’en distingue cependant en ce qu’il s’adresse aux juifs eux-mêmes et se présente pour la rémission des péchés. S’il reprend le thème de la purification déjà présent dans l’Ancien Testament, il lui donne le sens d’une conversion dans l’attente du royaume de Dieu qui vient.

En se faisant baptiser par Jean tout le pays de Judée et les habitants de Jérusalem ont conscience d’entrer dans le Reste d’Israël, la véritable descendance d’Abraham afin d’échapper à la colère qui vient (cf. Matthieu 3, 7-9). Le rite manifeste la démarche intérieure de repentir et de conversion, c’est un baptême d’eau qui prépare la venue de celui qui enlève le péché du monde et baptise dans l’Esprit Saint.

Au-delà de la signification théologique, on remarquera que Jean-Baptiste nous annonce une continuité et une rupture par rapport au passé.

Mc 1,8.  Moi, je vous ai baptisés avec de l'eau, mais lui vous baptisera avec l'Esprit Saint.

Et Celui qui vient veut être baptisé par Jean, lui aussi parce qu’il est pleinement homme et de race juive. Sa venue assure une continuité avec le passé ; en recevant le baptême de Jean, il assume toute l’histoire du peuple juif et son attente du Messie qui culmine dans cette ultime préparation prêchée par Jean. Mais le baptême de Jean comprend aussi la reconnaissance des péchés. Quels péchés Jésus peut-il confesser, lui qui s’est fait semblable à nous excepté le péché (Hébreux 4, 15) ? En réalité, par son geste, il prend sur lui le péché du monde démasqué par la Loi, il prend la place des pécheurs afin d’accomplir toute justice (Matthieu 3, 15). Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu (2 Corinthiens 5, 21). En descendant dans le Jourdain, il plonge symboliquement dans la mort pour en ressortir. Ce baptême par lequel il inaugure sa vie publique prend tout son sens à la lumière du mystère pascal. Au Jourdain, Jésus anticipe la Croix, il annonce le baptême dont il doit être baptisé (Marc 10, 38). La descente dans l’eau annonce sa mort ; la voix du Père annonce sa résurrection ; l’Esprit qui planait sur les eaux lors de la création ( cf. Genèse 1, 2) annonce aujourd’hui la re-création dans le Christ. Les cieux déchirés annoncent son cœur transpercé d’où jaillira l’amour miséricordieux, la rémission des péchés, les sacrements de l’Église, une source intarissable de vie (Tiré du Vocabulaire de théologie biblique).

Mc 1,1-11  Commencement de l'Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu.   Selon qu'il est écrit dans Isaïe le prophète : Voici que j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers, Jean le Baptiste fut dans le désert, proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés. Et s'en allaient vers lui tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem, et ils se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en confessant leurs péchés. Jean était vêtu d'une peau de chameau et mangeait des sauterelles et du miel sauvage. Et il proclamait : « Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l'eau, mais lui vous baptisera avec l'Esprit Saint. » Et il advint qu'en ces jours-là Jésus vint de Nazareth de Galilée, et il fut baptisé dans le Jourdain par Jean. Et aussitôt, remontant de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit comme une colombe descendre vers lui, et une voix vint des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur. »

Le baptême dans l’Esprit

La Pentecôte inaugure le temps du baptême chrétien

Au début des Actes des apôtres Jésus ressuscité reprend l'annonce de Jean le Baptiste:

Ac 1,5 Jean a bien donné le baptême d'eau, mais vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés d'ici quelques jours.

Ce baptême dans l'Esprit se réalise à la Pentecôte alors que les apôtres de Jésus et les disciples qui lui étaient demeurés fidèles « furent tous remplis d'Esprit Saint » (Ac 2,1-4). Nulle part il nous est dit que les apôtres ont reçu le baptême d’eau. Les auteurs veulent souligner par là l’originalité du baptême chrétien.

Dans les Actes des apôtres, le baptême de l’eau se rapporte surtout au pardon des péchés et le rite d’imposition des mains concerne le don de l’Esprit. Un épisode des Actes des apôtres vient illustrer l’importance que les premiers chrétiens attachaient à la différence entre le baptême de Jean et celui qu’ils pratiquaient eux-mêmes. Quand Paul arriva à Ephèse, il y trouva une douzaine de disciples qui avaient reçu le baptême de Jean. Il leur demanda s’ils avaient reçu le baptême de l’Esprit. Les disciples répondirent : « Nous n’avons même pas entendu parler d’Esprit Saint ». Paul alors les fit rebaptiser.

Ac 19,16  Tandis qu'Apollos était à Corinthe, Paul, après avoir traversé le haut-pays, arriva à Éphèse. Il y trouva quelques disciples et leur dit : « Avez-vous reçu l'Esprit Saint quand vous avez embrassé la foi ? » Ils lui répondirent : « Mais nous n'avons même pas entendu dire qu'il y a un Esprit Saint. » Et lui : « Quel baptême avez-vous donc reçu ? » - « Le baptême de Jean », répondirent-ils. Paul dit alors : « Jean a baptisé d'un baptême de repentance, en disant au peuple de croire en celui qui viendrait après lui, c'est-à-dire en Jésus. » À ces mots, ils se firent baptiser au nom du Seigneur Jésus ; et quand Paul leur eut imposé les mains, l'Esprit Saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues et à prophétiser.

Concernant le don de l’Esprit, soulignons que L’Esprit tout comme la grâce est un don qui ne saurait s’acheter.

Ac 8,14-21  Apprenant que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, les apôtres qui étaient à Jérusalem y envoyèrent Pierre et Jean. Ceux-ci descendirent donc chez les Samaritains et prièrent pour eux, afin que l'Esprit Saint leur fût donné. Car il n'était encore tombé sur aucun d'eux ; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean se mirent à leur imposer les mains, et ils recevaient l'Esprit Saint.Mais quand Simon vit que l'Esprit Saint était donné par l'imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l'argent. « Donnez-moi, dit-il, ce pouvoir à moi aussi : que celui à qui j'imposerai les mains reçoive l'Esprit Saint. » Mais Pierre lui répliqua : « Périsse ton argent, et toi avec lui, puisque tu as cru acheter le don de Dieu à prix d'argent ! 21.  Dans cette affaire il n'y a pour toi ni part ni héritage, car ton cœur n'est pas droit devant Dieu.

Au nom de Jésus-Christ

Le scénario est partout le même : le baptême est l’aboutissement de la prédication et de la conversion à la foi. L’expression la plus courante est celle de recevoir le baptême « au nom de Jésus », c’est-à-dire que le baptême introduit dans une relation personnelle avec le Seigneur et dans la communauté qui porte son nom. En étant baptisé au nom de Jésus ou en Jésus-Christ, nous devenons membres de l’Église du Christ, membre de son corps ; nous sommes plongés dans sa mort résurrection. Les baptisés ont " revêtu le Christ " (Ga 3, 27). Il s’agit là d’une radicale nouveauté par rapport à l’Ancien Testament. Mais il ne s’agit pas d’une formule liturgique et le Nouveau Testament ne permet guère de reconstituer le cérémonial.

Ac 2,38.  Pierre leur répondit : « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit.

L’envoi en mission

Le jour même de la Pentecôte, 3000 personnes sont baptisées (Ac 2, 38-41). Les Actes des apôtres relatent de multiples baptêmes en Samarie (8,12), à Damas (9,17), à Césarée, premier baptême d’un non-chrétien (10,44), à Philippes (16,15), à Ephèse (19,15). Le baptême s’ouvre à des non-juifs comme en témoigne le baptême de Corneille et de son entourage. Ou encore le baptême de l’eunuque éthiopien par Philippe.

L'Esprit de la Pentecôte donne aux disciples la conviction intérieure et le courage de témoigner de Jésus (voir Ac 1,8; 4,29). Il fait d'eux des « prophètes » (Ac 2,17-18), c'est-à-dire des témoins de la présence et de l'action de Dieu dans notre monde. Tous ceux et celles qui croient en Jésus Christ sont appelés à recevoir l'Esprit prophétique de la Pentecôte, comme la suite du récit des Actes le montre bien (voir Ac 8,14-17; 11,15-17; 19,5-6).

Jésus envoie ses disciples en mission dans toutes les nations afin de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Nous trouvons ici les paroles que reprendra la liturgie du baptême.

Mt 28,19-20 : Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde.

Ce texte est parfois considéré comme le texte institutionnel du sacrement de baptême. Mais il ne faut oublier que les sacrements s’enracinent dans la personne même de Jésus-Christ en tant que fondateur et fondement de l’Église.

Points de repère historiques

Du 1er au 4ème siècle

La didachè

Le rite du baptême se développa progressivement. Les plus anciens écrits chrétiens, tels la Didachè (fin du premier, début du deuxième siècle), le décrivent comme un service très simple.

Didakhê VII. Pour le baptême, donnez-le de la manière suivante: après avoir enseigné tout ce qui précède (prescriptions morales), « baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », dans de l'eau courante. S'il n'y a pas d'eau vive, qu'on baptise dans une autre eau et à défaut d'eau froide, dans de l'eau chaude. Si tu n'as (assez) ni de l'une ni de l'autre, verse trois fois de l'eau sur la tête « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Que le baptisant, le baptisé et d'autres personnes qui le pourraient, jeûnent avant le baptême ; du moins au baptisé ordonne qu'il jeûne un jour ou deux auparavant. Mais il n’est pas obligatoire de jeûner (http://remacle.org/bloodwolf/eglise/anonyme/didache).

Tertullien

Telle que Tertullien (fin 2e siècle) la décrit dans son De baptismo, la célébration du baptême à Carthage comporte la bénédiction de l’eau, le bain baptismal, avec triple confession de foi et triple immersion ( chap 5), l’onction d’huile (chap 6) et l’imposition des mains pour le don de l’Esprit Saint(chap 7).

Au sortir du bain salutaire on fait sur nous une onction sainte, suivant l'ancienne cérémonie où l'on avait coutume de prendre de l'huile renfermée dans une fiole pour en oindre ceux que l'on consacrait au sacerdoce. C'est ainsi qu'Aaron fut sacré par son frère Moïse. Après cela on nous impose les mains en invoquant et attirant sur nous le Saint-Esprit par la prière qui accompagne cette sainte cérémonie.

Dans le Nouveau Testament, concernant l'Église de Jésus-Christ, l'onction d'huile n'était pratiquée que pour la guérison des malades (Jacques 5.15). Les dates liturgiques de la célébration du baptême sont les fêtes de Pâques et de la Pentecôte, mais on peut le donner en tout temps. Le ministre habituel du baptême est l’évêque. Les prêtres et les diacres ont également le droit de le conférer avec l’autorisation explicite de l’évêque (chap 17). Les laïques eux-mêmes peuvent le donner en cas de nécessité absolue.

La tradition apostolique

Au IIIe siècle, le baptême était devenu une liturgie élaborée. La Tradition apostolique, rapportée en 215 par le théologien saint Hippolyte de Rome, décrit, comme faisant partie du rite, un jeûne et une veille de préparation, une confession des péchés, la renonciation au mal et à l'idolâtrie, et une triple immersion, suivie d'une profession de foi pendant que l’officiant impose la main sur la tête. Puis vient l’onction par le prêtre et la confirmation par l’évêque.

Le prêtre prenant chacun de ceux qui reçoivent le baptême, lui ordonnera de renoncer en disant : Je renonce à toi, Satan, et à toute ta pompe et à toutes tes œuvres. Après que chacun a renoncé, le prêtre l’oint avec l’huile, disant : que tout esprit mauvais s’éloigne de toi. De cette manière il le confiera nu à l’évêque ou au prêtre qui se trouve près de l’eau pour baptiser.
Un diacre descendra avec lui de cette manière. Lorsque celui qui est baptisé sera descendu dans l’eau, celui qui baptise lui dira en lui imposant la main :
- Crois-tu en Dieu le Père tout-puissant ?
Et celui qui est baptisé dira à son tour : Je crois.
Et aussitôt celui qui baptise, tenant la main posée sur la tête, le baptisera une première fois.
Et ensuite il dira :
- Crois-tu en Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui est né par le Saint-Esprit de la Vierge Marie, a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort, est ressuscité le troisième jour vivant d’entre les morts, est monté aux cieux et est assis à la droite du Père, qui viendra juger les vivants et les morts.
Et quand il aura dit : Je crois, il sera baptisé une deuxième fois. De nouveau celui qui baptise dira :
- Crois-tu en l’Esprit-Saint dans la sainte Église ?
Celui qui est baptisé dira : Je crois, et ensuite il sera baptisé une troisième fois. Quand il sera remonté, il sera oint par le prêtre de l'huile de l'action de grâces avec ces mots : Je t'oins d'huile sainte au nom de Jésus Christ.
Et ainsi chacun après s'être essuyé se rhabillera, et ensuite ils entreront dans l'église.
L'évêque en leur imposant la main dira l'invocation : Seigneur Dieu, qui les as rendus dignes d'obtenir la rémission des péchés par le bain de la régénération, rends-les dignes d'être remplis de l'Esprit Saint et envoie sur eux ta grâce, afin qu'ils te servent suivant ta volonté… Ensuite, en répandant l'huile d'action de grâce de sa main et en posant celle-ci sur la tête, il dira : Je t'oins d'huile sainte en Dieu le Père tout-puissant et dans le Christ Jésus et dans l'Esprit Saint. Et après l'avoir signé au front, il lui donnera le baiser et dira : Le Seigneur soit avec toi. Et celui qui a été signé dira : Et avec ton Esprit… (Tradition apostolique d'Hippolyte, 21) .

Le baptême comprend successivement :
- Une renonciation solennelle à Satan.
- La renonciation est suivie d’une onction avec l’huile de l’exorcisme ou des catéchumènes. Cette onction est encore prévue dans le rituel actuel, mais elle est souvent remplacée par le geste de l’imposition de la main.
- Le baptisé est nu. L’onction sur tout le corps ainsi que l’immersion suppose la nudité. Celle-ci symbolise aussi le retour à l’innocence originelle comme l’écrit Grégoire de Nysse (In diem luminum, PG 46,600) : « Tu nous avais chassés du paradis et tu nous y as rappelés ; tu nous as dépouillés des feuilles de figuier, ces vêtements sordides, et tu nous as revêtus d’une robe d’honneur… Désormais quand tu appelleras Adam, il n’aura plus honte et il ne se cachera plus… Ayant retrouvé la liberté, il apparaît en plein jour ».
- Un diacre accompagne celui qui dit être baptisé et le confie à l’évêque ou au prêtre.
- Le baptême s’opère par une triple immersion qui suit la profession de foi des trois articles du Credo. Remarquons qu’il ne s’agit pas de la formule moderne « je te baptise au nom du Père… ». C’est la profession de foi accompagnée de l’immersion qui constitue la formule du baptême. Cette simultanéité souligne bien le lien étroit entre foi et baptême.
- Une nouvelle onction d’huile est donnée pour signifier l’incorporation au Christ.
- Le baptisé s’essuie et se rhabille pour entrer dans l’église. Le baptême se fait donc hors de l’église et un deuxième rite suit.
- L’évêque impose les mains pour le don de l’Esprit. Il rappelle que le bain est donné pour la rémission des péchés. Le baptême est source de grâce.
- L’évêque oint le baptisé dans la Trinité.
- L’évêque signe le baptisé sur le front.
- L’évêque donne le baiser de paix.
- Le rite se termine par la formule : : « Le Seigneur soit avec toi. Et avec ton Esprit. »

Vers 2 rites : baptême et confirmation

Durant les 3 premiers siècles de l’Eglise, le christianisme est essentiellement urbain et les communautés de petite taille. L’évêque est un peu le curé de chacun. Il préside donc l’ensemble de la cérémonie et accomplit souvent la totalité des gestes rituels. Mais il n’y a qu’un rite qui englobe le baptême et ce qui s’appellera plus tard la confirmation.

Suite à la paix et à la conversion de Constantin en 313, le christianisme va se répandre dans les villes et surtout les campagnes. Le christianisme devient une religion d’État. L’évêque est donc de plus en plus loin des communautés et il n’est plus à même de présider toutes les cérémonies. L’habitude va alors se prendre que le prêtre baptisera dans la communauté de sa responsabilité et l’évêque viendra confirmer ce baptême par l’onction et l’imposition des mains. C’est en 465 que Fauste, évêque de Rietz parlera à ce sujet de « confirmation ».

La question était simple : «Qu’est ce que la confirmation ajoute au baptême?» et la réponse de Fauste est la suivante: « Dans la fontaine baptismale, l’Esprit Saint a accordé la plénitude quant à l’innocence, dans la confirmation, il offre un accroissement quant à la grâce, une force pour le combat. Dans le baptême nous sommes régénérés pour la vie, après la baptême, nous sommes confirmés pour la lutte!».

La préparation au baptême

La préparation au baptême s’organise et se développe dès le IIe siècle. L’augmentation du nombre de candidats ainsi que les risques d’apostasie et d’hérésie provenant des persécutions et des sectes amèneront l’Église à renforcer les exigences de la formation des catéchumènes. Un parrain ou une marraine est chargé d’accompagner le catéchumène pendant 2 ou 3 ans. Tertullien l’appelle le « sponsor », c’est-à-dire le garant. Il témoigne de la foi du catéchumène. Jean Chrysostome affirme à ce sujet : « Ainsi vous savez, vous les parrains, que ce n’est pas un petit danger qui vous menace si vous êtes négligents ». Celui qui enseigne peut être un clerc ou un laïc.

Le catéchuménat des « auditeurs » est organisé en préparation lointaine avec enquête sur la vie et le métier des candidats, l’admission en présence du parrain, une série d’enseignements sur l’histoire du salut et une participation à la liturgie de la parole. Puis vient une préparation prochaine des « élus », candidats » ou « illuminés » avec une présentation du candidat à l’évêque, des catéchèses sur le credo et le Notre Père ainsi que la remise du credo et du Notre Père qui devront être appris par cœur. Le candidat doit d’ailleurs réciter le credo devant l’assemblée le jour de son baptême.

Arrive l’ultime préparation avec certains rites qui se rattachent au baptême : effata, la renonciation au démon et l’adhésion au Christ (credo) ; une onction d’huile. En fait il s’agit de tous les actes qui précèdent l’immersion.

Le catéchuménat va disparaître progressivement au cours des Ve et VIe siècles. C'est au Concile Vatican II (1962-1965) que l'on doit la renaissance du catéchuménat. En France il y avait eu un mouvement de conversion d'adultes après la guerre, qui donna lieu à des initiatives « locales »,. Celles-ci devinrent une piste de travail pour les membres du Concile. En 1962 est publié le premier rituel du baptême des adultes qui prend sa forme définitive en 1972. L'édition française de ce rituel a été publiée en 1996. C'est celle que nous utilisons aujourd'hui.

À partir du IVème siècle, extension du baptême aux enfants

Deux questions se posent durant cette période : La question du péché après le baptême et la question du péché des enfants avant le baptême.

La question du péché après le baptême

Le baptême est donné pour le pardon des péchés et ce sacrement n’est donné qu’une seule fois. Comme les péchés post-baptismaux étaient considérés comme impardonnables (ou ne pouvaient être pardonné qu'une fois), le baptême était souvent repoussé aussi longtemps que possible. Constantin est baptisé sur son lit de mort, le 22 mai 337.

Le Pasteur d’Hermas « invente » le « second baptême » au IIème siècle ; il s’agit en fait d’une pénitence qui ne peut être accordée qu’une seule fois. Cette pénitence unique et publique se met en place entre le IIIème et le VIème siècle. Elle ne concerne que les grands péchés : adultère, apostasie, meurtre… La pénitence privée et réitérée se met en place à partir du VIème siècle ; elle nous vient des moines irlandais.

La question du péché des enfants avant le baptême

Dans le Nouveau Testament et durant les 3 premiers siècles personne ne fait mention explicite de baptême d’enfants. Il y a néanmoins une présomption en faveur du baptême des enfants. Paul affirme en 1Co 1,16 : j'ai encore baptisé la famille de Stéphanas, ce qui laisse supposer que les enfants ont été baptisés en même temps que l’ensemble de la famille (voir aussi Ac 16,15 et Ac 16,33).

Pour Tertullien la foi du candidat doit être examinée avec diligence. Pour cette raison l’auteur n’est pas favorable au baptême des petits enfants !

Il est préférable de différer le baptême lorsqu’il s’agit de tout jeunes enfants. Bien sûr le Seigneur dit laissez venir à moi les petits enfants. Oui qu’ils viennent, mais quand ils seront grands, qu’ils viennent quand ils seront en âge d’être instruits, quand ils auront appris à connaître celui vers qui ils viennent. Qu'ils deviennent chrétiens quand ils seront capables de connaître le Christ. Pourquoi cet âge innocent est-il si pressé de recevoir la rémission des péchés (chap 18, voir texte en ligne : http://www.tertullian.org/french/debaptismo.htm).

La Tradition apostolique le recommande de manière explicite : « On baptisera en premier lieu les enfants. Tous ceux qui peuvent parler pour eux-mêmes parleront. Quant à ceux qui ne le peuvent pas, leurs parents parleront pour eux ou quelqu’un de leur famille ».

Les réflexions théologiques de Origène (IIIème) et de saint Augustin (IVème-Vème) vont apporter les arguments en faveur du pédobaptisme. Pour Origène, le baptême est donné en rémission des péchés ; de quel péché peut-on accuser les nouveaux-nés ? D’aucun. Origène en conclut que le nouveau-né n’est pas pur de toute corruption.

Il est certain que si rien dans les enfants ne relevait de la rémission et du pardon, la grâce du baptême ne paraîtrait pas nécessaire (hom Lev 8,3).
L’Église a reçu la coutume d’administrer le baptême aux enfants eux-mêmes. Ceux à qui a été confiés les secrets des mystères divins savaient bien, en effet, que tous portent la tache du péché originel, qui doit être lavée par l’eau et par l’esprit (comm. Rom 5,9).

Augustin reprendra cet argument et élaborera la doctrine du péché originel. Il écrit notamment que les enfants morts sans baptême vont en enfer. Au Moyen Âge on leur épargnera toute souffrance en développant la fameuse doctrine des limbes, une sorte de petit paradis dans lequel on ne peut voir Dieu (La commission théologique internationale présidée par Benoît XVI a soutenu le 6 octobre 2006 que l’idée des limbes pouvait être abandonnée).

À partir du VIIème siècle, il est fait obligation de présenter les enfants au baptême dans un délai de trente jours faute de quoi on paiera trente sous d’amende ; et si l’enfant est mort sans baptême, tous les biens sont confisqués. La mortalité infantile étant de 50%, l’Église a évolué vers un rite obligatoire.

Au XIIIème siècle, le baptême des petits enfants s’impose et fait force de loi. En fait, la société et l’Église ne font quasiment plus qu’un. Les délais de baptême sont ramenés à quelques jours. Pour des raisons de commodité et de rapidité, on abandonne peu à peu le baptême pas immersion au profit de l’infusion (eau versée sur la tête). C’est durant cette période qu’apparaît le vêtement blanc.

Au XVIème siècle le baptême apparaît comme un moyen de contrôle et de soumission (suite au protestantisme). Baptiser un enfant se vit comme une obéissance à l’autorité cléricale.

Aujourd’hui

Aujourd’hui, environ 330 000 baptêmes sont célébrés chaque année en France. On assiste de plus en plus à des baptêmes d’adolescents ou d’adultes (2675 en 2008, 2958 en 2012 en France). Ce renouveau est un signe pour notre temps. Il montre que le pédobaptisme n’est plus une règle inscrite dans le marbre. Il nous engage aussi à mettre en place un catéchuménat afin que le candidat puisse répondre personnellement de sa foi. C’est un des enjeux de la pastorale d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, donc, dans tous les rites latins et orientaux, l’initiation chrétienne des adultes commence dès leur entrée en catéchuménat, pour atteindre son point culminant dans une seule célébration des trois sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie (les rites orientaux l’initiation chrétienne des enfants commence au Baptême suivi immédiatement par la Confirmation et l’Eucharistie, tandis que dans le rite romain elle se poursuit durant des années de catéchèse, pour s’achever plus tard avec la Confirmation et l’Eucharistie, sommet de leur initiation chrétienne (CEC 1233).

Bibliographie

B. Sesboüé, Invitation à croire, Des sacrements crédibles et désirables, Cerf, 2009.
J. QUASTEN, Initiation aux Pères de l’Église, Cerf, 1956.
Vocabulaire de théologie biblique, article « Baptême », 1981.
P. Béguerie, Cl. Duchesnau, Pour vivre les sacrements, Cerf, 1991.
R. CABIE, L’Église en prière, III - Les sacrements, Desclée, 1984.

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