Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie (Jn 15:13)

Le corps, identité de l'être

Les questions relatives à l'anthropologie biblique sont exposées dans le menu "Sacrements/Anthropologie/Corps".

Impossible de faire l’économie de notre corps. Tous les membres nous rappellent douloureusement (une rage de dents) ou joyeusement (un tendre baiser) que c’est par, avec et en notre corps que nous rencontrons les autres et vivons dans le monde.

Perspectives anthropologiques non chrétiennes

Selon une anthropologie matérialiste, l’homme dans la totalité de ses composantes, y compris dans ses facultés psychiques et spirituelles, est le fruit de mutations et d’adaptations successives.

Dans l’anthropologie de l’Inde ancienne, la personne humaine est un assemblage entre un corps et une âme passagère. L’âme transmigre de corps en corps de sorte que le corps n’est que l’enveloppe passagère d’un processus de réincarnation dont il faut d’ailleurs se libérer. Le corps est en effet lieu de souffrance et d’illusion à cause des poisons qui l’habitent (colère, avidité et ignorance).

La Grèce antique a proposé plusieurs modèles anthropologiques. Platon soutient un dualisme anthropologique corps âme. Pour Aristote le corps est « matière » et l'âme, sa « forme ». Cette théorie n’oppose plus l’âme et le corps comme deux entités de valeur inégale, mais les articule comme deux fonctions indissociables.

Le corps physique

Plongeons dans l’infiniment petit. Le corps possède un nombre gigantesque de cellules ; environ 100 000 milliards. Chaque cellule est formée de molécules, elle-même agencée à partir d’atomes. Chaque cellule est composée d’environ 1000 milliards d’atomes agglomérés les uns aux autres selon les lois de la physique. Ce qui nous fait environ 100 millions de milliards de milliards d’atomes (1 suivi de 26 zéros). Ces chiffres donnent le vertige et tout cet agencement tient merveilleusement ensemble.

Nous connaissons tous cette expression « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » . Cela signifie que les atomes ou tout au moins les particules élémentaires des atomes existaient déjà lors de la genèse de l’univers. Notre corps est vieux d’une quinzaine de milliards d’années. Pire, ces atomes ont peut-être appartenu à quelqu’un d’autre ayant vécu à une autre époque. La nature se recycle. Le cycle de la vie est un incessant recommencement et pourtant chacun est unique dans cette grande histoire de l’univers.

Notre corps se renouvelle continuellement dans un feu d’artifice cellulaire. Cela ne se fait pas en un jour. Mais notre corps est en état de renouvellement permanent de notre naissance à notre mort. Il est en quelque sorte constamment remis à neuf. Pratiquement tous nos organes, tous nos tissus, toutes nos cellules sont complètement renouvelés plusieurs fois, à une fréquence plus ou moins élevée en fonction des cellules. 20 milliards de cellules se renouvellent chaque jour. Ce qui fait qu’au bout du compte, l’immense majorité de nos cellules et de nos organes sont plus jeunes que nous. Seules exceptions à cette règle, les neurones et les cellules cardiaques où le renouvellement est très lent ou quasi inexistant.

Le corps forme un tout

Le corps est une merveilleuse mécanique dans laquelle les organes sont articulés les uns aux autres dans une solidarité indéfectible. La main, le pied ou le sexe ne sont pas des organes indépendants et autonomes. Le pied ne peut pas dire « aujourd’hui, je ne participe pas au fonctionnement du corps ». Lorsque les jambes avancent, c’est tout le corps qui se déplace. Une épine dans un orteil traverse tout le corps et le fait boiter. La caresse ne s’arrête pas à l’effleurement de la main ; elle envahit tout le corps. Lorsque le sexe jouit, c’est tout l’être qui est transporté dans l’extase. Le plaisir ou la douleur d’un organe rejaillit sur la totalité du corps. Tous les organes s’harmonisent dans une symphonie corporelle.

Dans la relation aux autres, ce n’est donc jamais un organe qui s’offre. Serrer la main de quelqu’un, c’est lui présenter son visage. De même dans la conjonction sexuelle, c’est tout le corps qui se donne et non pas uniquement les organes sexuels.

Le visage

Le visage est épiphanie de l’être. Hors du visage il n’est pas d’humanité ni de relation. Le visage est ce qui nous interdit de tuer . La barbarie commence par la dénégation du visage, de son regard, dès lors qu’on ne voit plus chez autrui, dans la merveille de son existence, la présence vivante d’une personne inquiète de son origine et de sa destinée .

L’autre est vivant à travers son visage ; non pas que les autres membres du corps n’annoncent pas le vivant, mais le visage est le lieu de la parole et la parole donne au corps son humanité. Le face à face est d’ailleurs le contexte corporel de l’échange de paroles. Il est la scène où se joue l’échange. La bouche, le regard, le front et les autres facettes du visage forment le décor. La parole met le visage en mouvement en lui donnant une dimension poétique. Le face à face consiste à recevoir quelqu’un d’autre. Associé à un nom, il permet d’identifier une personne, comme en témoignent les pièces d’identité ou encore l’expression : « Je n’arrive pas à mettre un nom sur ce visage (ou un visage sur ce nom) ». Dans l’évocation de quelqu’un, c’est son visage qui apparaît. Celui-ci est unique et il rend l’autre présent. Aucun autre organe du corps n’a cette faculté. En cela, le visage a une fonction primordiale dans la rencontre. Ainsi, voir un visage, c’est recevoir l’autre dans son unicité et son humanité.

Le regard, à lui tout seul, est un champ de communication, car il est le foyer de la perception de l’autre. Il révèle une présence et exprime avec beaucoup d’intensité les désirs et les sentiments. Le regard est « épiphanie du visage.(Emmanuel Lévinas) ».

Il offre à l’autre une parole silencieuse riche en signification comme en témoignent ces propos de l’amant du Cantique des cantiques :

Tu me fais perdre le sens, ma sœur, ô fiancée, tu me fais perdre le sens par un de tes seuls regards (Ct 4,9).

Les amoureux se regardent dans les yeux. Le regard est chargé de désir. Toute la chair semble y affleurer. Seul le regard d’un mort ne parle pas, aussi le premier geste à son égard est-il de lui clore les yeux.

L’intimité

« Parties sacrées », « parties honteuses », « parties intimes » ou encore « parties » tout court, l’appareil génital est bien une partie du corps et donc de notre être. Le terme « partie » montre que le sexe est un organe à part dans l’édifice corporel. Il est ce qu’il y a de plus intime en notre humanité, ce qui ne se dévoile qu’à certaines personnes privilégiées. Il appartient à notre intimité qui ne se dévoile que dans l’intimité.

L’intimité est effectivement un territoire que chacun de nous tente de préserver, voire de cacher, afin de protéger son identité propre. Lorsque l’on permet à l’autre de traverser la frontière et d’accéder à ce territoire, on accepte de lever les barrières et de se dévoiler.

L’intimité est aussi la partie qui structure l’humanité en deux sexes différents. Être humain, c’est être homme ou femme.

Je suis mon corps

S’il est facile de décrire ce que j’ai, il est beaucoup plus difficile d’exprimer ce que je suis. Car entre l’avoir et l’être subsiste une ambiguïté que toute une vie ne parvient pas à lever.

Le langage familier utilise aussi bien le verbe « avoir » que le verbe « être » pour discourir sur le corps. Le verbe « avoir » est majoritairement employé pour parler de membres ou d’organes particuliers : « Tu as de beaux yeux, tu as de belles jambes... » Le verbe « être » est plutôt utilisé pour qualifier un état d’ensemble : « Tu es beau, tu es grand... » L’« avoir » correspond à des propriétés particulières et l’« être » à une totalité. Or je suis un être humain en totalité. Je m’offre aux autres en totalité et non en partie . Tout mon corps est en prière et pas uniquement mes mains jointes ou ma bouche qui proclame le nom de Dieu. De même dans la relation sexuelle, c’est tout mon corps qui s’offre à mon partenaire et non pas uniquement mon sexe.

Par ailleurs, l’avoir ne correspond qu’à une caractéristique biologique ou administrative alors que l’être m’engage dans un dynamisme existentiel et relationnel. Je peux tout à la fois dire « j’ai 80 ans » et « je suis jeune ». La première affirmation est une mesure universellement reconnue et permet donc de fixer des limites (la majorité, la retraite…), de prescrire des mesures sanitaires (les vaccins…), d’établir des statistiques, etc. La seconde est un état d’esprit et montre que le corps ne se réduit pas à un organisme plus ou moins performant. Je peux également dire « j’ai une femme (ou un homme) » et « je suis marié(e) ». La première proposition est à base de possession alors que la seconde exprime une relation vivante et authentique. Or nous ne possédons jamais quelqu’un.

Nous pouvons également nous interroger sur ce « je » qui parle dans l’expression « j’ai un corps » ? Qui est-il ? La conscience qui du coup ne ferait pas partie du corps ? Nous tombons là dans un dualisme qui scinde l’être humain en deux parties. Le corps serait alors constitué de deux étages dont la gouvernance reviendrait à une instance dirigeante à laquelle les membres devraient obéir. Or « je suis » en totalité et non en partie, même si c’est mon cerveau qui pense. Maurice Merleau-Ponty souligne que nous sommes bien dans notre corps et non pas un spectateur de notre vie :

Je ne suis pas devant mon corps, je suis dans mon corps, ou plutôt je suis mon corps.

Mais, affirmer « je suis mon corps », n’est-ce pas préjuger d’une maîtrise totale du « je » sur le corps ? Nous le constatons, le corps échappe partiellement à la maîtrise de soi-même. Les limites dans les compétitions sportives ou plus crucialement face à la maladie, la souffrance et à la mort nous font prendre conscience que nous ne maîtrisons pas tout de notre existence. Il faut accepter cette évidence humaine : notre corps souffre d’une finitude liée à un organisme mortel. Nos jambes, notre dos et tout notre organisme, sans même parler de maladies graves, nous rappellent cruellement que l’affirmation « je suis jeune » bute sur une réalité physique incontournable.

Le corps, mémoire vivante

Chaque corps est une histoire au cours de laquelle s’est forgée une personnalité avec ses capacités, ses désirs et ses limites. Le corps porte en lui les traces du vécu. Cette histoire commence dès la conception, car le corps naît en situation d’héritage. Nous sommes façonnés par ceux qui nous précèdent. L’histoire des parents s’écrit dans le corps de l’enfant.

Le corps est une histoire à travers les âges de la vie. Il est à la fois le même et un autre de la naissance au linceul. La femme ou l’homme que l’on épouse à 20 ans n’est plus tout à fait la ou le même à 60 ans. Le bel apollon se mut inexorablement en senior vacillant. La belle vénus perd progressivement ses atours. Et pourtant il s’agit bien de cet homme et de cette femme connus quelques années auparavant.

Nous avons tous des cicatrices visibles ou invisibles. Tout le corps est un mémorial qui ne demande qu’à faire resurgir les souvenirs enfouis. Qui, n’a pas gardé en mémoire un souvenir heureux ou une blessure d’enfance. Nous avons tous notre madeleine de Proust qui vient attiser nos papilles sensorielles à l’improviste de notre existence. Ici une fessée mémorable, là un baiser volé, ou encore le premier acte sexuel sont autant d’événements qui façonnent notre histoire et alimentent le mémorial de notre corps.

Suite : Le transhumanisme

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